dimanche 21 janvier 2018

Dexys Midnight Runners – Too-Rye-Ay


Kevin Rowland & Dexys Midnight Runners ‎– Too-Rye-Ay
Mercury ‎– MERS 5 – LP – UK - 1982


Retour vers le futur. Direction août 1982. Je n’étais pas bien grand. A peu de choses près, le même âge que mon fils aujourd’hui. A l’observer, j’imagine que je devais, comme lui, gambader allègrement en couche-culotte, croquer le monde avec un solide appétit, jouer beaucoup, pleurer un peu, rire, être heureux, curieux, insouciant, m’endormir comme un bienheureux sur la routes des vacances, à l’arrière de la Simca 1100 rouge de mes parents. A défaut de pouvoir s’offrir une Ferrari, mon père tenait absolument à ce que sa voiture soit rouge. Ça roule plus vite, disait-il. Au Nord, c’était Les Corons. Henry Fonda et Ingrid Bergman cassaient leur pipe pendant que Daniel Balavoine chantait Vivre ou Survivre. Le Père Noël est une ordure débarquait sur les écrans de cinéma sans se soucier de la saison. Monsieur Spok montrait le bout de ses oreilles sur les téléviseurs. Sony et Philips inventaient le CD audio sans savoir que les enfants d’alors s’accrocheraient encore trente ans plus tard aux antiques 33 Tours. Je n’ ai pas la moindre idée de ce que mes parents écoutaient cet été-là. Mais si je pouvais vraiment voyager dans le temps, autrement qu’en caractères d’imprimerie, je leur dirais de farfouiller un peu chez le disquaire du coin et d’aller dénicher d’urgence un disque extraordinaire: Too-Rye-Ay des Dexys Midnight Runners.

J’en vois déjà venir certains avec leurs gros sabots. Pourquoi nous rebattre les oreilles avec ton vieux vinyle rayé alors que Dexys, désormais amputé de ses coureurs nocturnes, vient de sortir un nouvel album tout beau, tout neuf, après tant d’années de (quasi)-silence? Mettons tout de suite un terme à cette polémique stérile et faisons frémir d’horreur ceux qui trouvent que mes avis sont généralement trop tranchés. Si les trois albums originaux de la bande à Kevin Rowland avaient au moins trente ans d’avance sur la musique, leur nouvelle livraison m’a tout l’air d’en avoir trente de retard. Je ne m’explique d’ailleurs pas les relatives bonnes critiques dont jouit le pâlichon One Day I’m going to Soar autrement que par le plaisir des journalistes à voir Rowland sortir enfin de sa réclusion. Ou peut-être par la crainte que leur inspire cet artiste réputé caractériel. Quoi qu’il en soit, la chose, bien falote à mes oreilles, n’arrive à la cheville d’aucun des trois chefs-d’œuvre offerts par le groupe dans la première moitié des années 80. Un conseil à ceux qui étaient encore moins nés que moi à l’époque, ne vous laissez pas endormir par cette récente escapade en dehors de la maison de retraite. Voyagez vous aussi dans le temps et découvrez Searching For The Young Soul Rebels, Too-Rye-Ay et Don’t Stand Me Down, trois albums indispensables. Je reviendrai peut-être un jour sur les deux autres mais, pour l’instant, attardons-nous, si vous le voulez bien, sur Too-Rye-Ay.  Alors que Rowland s’est brouillé avec une bonne partie des membres du groupe, il revient deux ans après Searching For The Young Soul Rebels à la tête d’un tout nouveau line-up. Si ce nouvel opus garde intacte l’énergie héritée des débuts punk de Rowland et consorts, il se caractérise surtout par un mélange inédit de rock, de soul et de musique celtique. Cocktail détonnant qu’illustrent parfaitement le premier titre du disque, The Celtic Soul Brothers et le recrutement de la violoniste Helen O’Hara. La production, très soignée, confère au disque un son intense, volontairement proche du live. La voix unique et facilement reconnaissable de Rowland fait des merveilles. L’album, porté par le succès du single Come on Eileen, qui atteint la première place des charts au Royaume-Uni et aux États-Unis, apporte une consécration méritée à Rowland et les siens. Et peut-être aussi les tourments d’une célébrité difficile à supporter pour cet individu aussi fragile que génial. En 1985, Don’t Stand Me Down sera le chant du cygne de Dexys Midnight Runners avant leur récent retour au premier plan. Nous verrons dans trente ans ce que l’Histoire en aura retenu… (Cédric QUENIART).



TRACKLIST :

A1       The Celtic Soul Brothers
A2       Let's Make This Precious
A3       All In All (This One Last Wild Waltz)
A4       Jackie Wilson Said (I'm In Heaven When You Smile)
A5       Old

B1       Plan B
B2       I'll Show You
B3       Liars A To E
B4       Until I Believe In My Soul
B5       Come On Eileen






lundi 15 janvier 2018

David Bowie ‎– Earthling


David Bowie ‎– Earthling
RCA ‎– MOVLP815, ISO Records ‎– MOVLP815, Music On Vinyl ‎– MOVLP815
LP, Reissue, Gatefold, Europe, 21 Oct 2013



Sorti quelques jours après le cinquantième anniversaire de son auteur, "Earthling" marque le retour en grâce de David Bowie. Plus accessible que son prédécesseur, il garde tout de même les caractéristiques du son techno indus (jungle dirons-nous) qui ont redonné à Bowie de véritables lettres de noblesse. Earthling est donc un très bon disque, sans temps mort notable et montrant un Bowie en phase avec la réalité de son temps.

Certes, tous les titres ne sont pas à loger à la même enseigne ; "Looking For Satellites" et "Law" n'ont pas l'aura escomptée en étant trop expérimentaux et nécessitant plusieurs écoutes attentives pour véritablement saisir toute leur subtilité. Le niveau est meilleur sur "Battle For Britain" et "Telling Lies", où la voix décidemment très pop de Bowie se marie curieusement bien aux sonorités indus, fil conducteur incontestable des compositions de Bowie de 1995 à 1997. On notera également que le groupe qui accompagne Bowie est jeune et très professionnel, donnant à l'ensemble un poids supplémentaire.

De surcroît, quatre chefs d'oeuvre jalonnent le disque. Tout d'abord, "Little Wonder" qui ouvre l'album, est une merveille de vitalité et d'énergie, en étant tantôt puissant, tantôt aérien. Ensuite, "Seven Years In Tibet" est plus rock et louche vers le metal. Le refrain est taillé pour les stades même si l'ensemble est assez sombre. On notera également que ce titre a été adapté en mandarin avec un résultat surprenant et accrocheur. Rien que pour Bowie chantant en mandarin, ce morceau vaut le détour. On continue avec "Dead Man Walking" qui transcende littéralement son auditoire en étant tout simplement surpuissant et chaotique dans tous les domaines. On est totalement conquis et que dire de "I'm Afraid Of Americans", véritable incarnation du retour en grâce de Bowie. Ce titre efficace et provocateur est l'occasion de capter l'attention d'un public jeune d'autant que la présence de Trent Reznor (du groupe Nine Inch Nails) en Américain psychopathe au sein du clip ne passe pas inaperçue.

En résumé, "Earthling" est presque une réussite totale même si quelques morceaux sont difficiles à aborder. On retrouve un David Bowie avant-gardiste tout en étant populaire et pour tout dire, cela manquait sur "Outside". Ce disque donne à David Bowie une nouvelle jeunesse, puisqu'un nouveau public commence à apprécier le Thin White Duke et l'ensemble de son répertoire. Il faut dire que tous les groupes qui émergent dans les années 1990 le citent comme référence. Objectivement, cela peut aider... (Cyril - FP).








TRACKLIST:

A1       Little Wonder
A2       Looking For Satellites
A3       Battle For Britain (The Letter)
A4       Seven Years In Tibet

B1       Dead Man Walking
B2       Telling Lies
B3       The Last Thing You Should Do
B4       I'm Afraid Of Americans
B5       Law (Earthlings On Fire)





mercredi 6 décembre 2017

David Gilmour - Live At Pompeii



David Gilmour ‎– Live At Pompeii
Label: Columbia ‎– 88985464971 - 4 × Vinyl, LP, Album, 180 Gram
UK & Europe - 29 Sep 2017


1972, la télévision diffuse Live in Pompéi, réalisé par Adrien Mabern où Pink Floyd joue en direct de l’amphithéâtre de l’ancienne cité, exécute pendant une heure ses morceaux « Echoes », « Saucerful of Secrets ». Les images sont magnifiques, les musiciens, cheveux au vent, deviennent des gladiateurs du rock, et ce film incontestablement booste la carrière du groupe qui n’a pas encore sorti Dark Side of the Moon.
La suite de l’histoire est connue, succès planétaire, tensions, prise de pouvoir de Waters, démesure de The Wall, séparation, procès entre Waters et Gilmour, le premier souhaitant interdire au second le droit d’utiliser le nom du groupe. Waters perd, PINK FLOYD continue et offre encore de sacrés concerts.

Pour se produire, Gilmour recherche des lieux mythiques (Versailles, Venise…), ambition qu’il confirme quand il se produit, en solo, dans les chantiers navals de Gdansk en Pologne en 2006.

Avec la sortie de son album « Rattle That Lock », il joue de nouveau dans de beaux endroits, arènes d’Orange, de Nîmes, Château de Chantilly, La Saline à Besançon, Circo di Massimo de Rome et en apothéose, deux soirs à Pompéi.
Le choix de la ville de cendres n’est pas un hasard, mais un clin d’œil à 1972, à la différence qu’en 2016 le public est présent, alors qu’en 1972 le groupe est seul au milieu des ruines, ce qui ajoute à la magie.
Autre signe des temps qui ont changé, le concert est proposé en de nombreux formats, (collector, vinyle, blue-ray…) et il faut concevoir un show de Gilmour comme un concept global tant les lumières et les effets de scène complètent la musique ici.
Même si on peut préférer plus de sobriété, ainsi pour ma part, le concert du mars 2006 au Grand Rex à Paris avec juste la musique reste pour moi le plus merveilleux.

Dans la composition du groupe, on remarque que Phil Manzanera est remplacé par Chester Kamen et l’immense Chuck Leavell est aux claviers. D’autres pointures comme Guy Pratt et Greg Phillinganes accompagnent David.

La set-list est toujours très stable sur une tournée de Gilmour, elle mélange des titres de ses derniers albums avec des morceaux du FLOYD qui sont, bien entendu, les plus acclamés.
Et il convient de souligner encore, encore et encore une évidence, n’en déplaise au sieur Waters. Gilmour est le dépositaire du son du FLOYD, le son de sa guitare est identifiable à la première note. Ses chorus magnifiquement construits donnent toujours le grand frisson. Waters a bien essayé d’embaucher d’autres guitaristes et on parle ici de Jeff BECK ou d’Eric CLAPTON pas de clampins inconnus, mais sans convaincre.

Allez, on prend le train de Gilmour avec le jingle SNCF de « Rattle That Lock” dans une progression bien calculée qui amène « The Great Gig in the Sky » qui fait gronder de joie le public, avant cet instant où le temps suspend son vol, « Wish You Were Here » émouvant qui s’élève dans la nuit. Quelle merveilleuse chanson ! La fin du premier CD cartonne avec « Money » / « In Any Tongue » / » High Hopes” et “One of These Days”

Et la guitare cristalline, irréelle, de Gilmour s’envole sur « Shine On You Crazy Diamond » sa signature, son grand morceau, façonné, poli, sur les scènes du monde avec le FLOYD, enrichi par un chorus de saxophone de João Mello et toujours somptueux. Et on est reconnaissant au musicien d’avoir exhumé « Fat Old Sun », un morceau un peu oublié de la seconde face d’Atom Heart Mother, qui est mis en valeur en live avec cette superbe ouverture à la guitare acoustique.

Comme le premier CD, le second se termine en costaud avec « Sorrow »/ « Run Like Hell » / « Time » / « Breathe (In the Air) (Reprise) » et « Comfortably Numb » grand cocktail floydien période post et after Waters.

On peut regretter que Roger le mégalo ait bloqué par voie judiciaire l’utilisation de chansons du FLOYD qu’il a écrites, ce qui exclut quelques grands titres.

Pas de surprises dans ce concert, mais un plaisir toujours renouvelé à écouter un immense guitariste, issu d’un immense groupe qui a traversé l’espace et le temps.
(Bayou – FP).




TRACKLIST :

A1       5 A.M.
A2       Rattle That Lock     
A3       Faces Of Stone      
A4       What Do You Want From Me      

B1       The Blue      
B2       The Great Gig In The Sky
B3       A Boat Lies Waiting           

C1       Wish You Were Here        
C2       Money          
C3       In Any Tongue        

D1       High Hopes 
D2       One Of These Days           

E1       Shine On You Crazy Diamond (Parts 1-5)       
E2       Fat Old Sun 

F1       Coming Back To Life         
F2       On An Island
F3       Today

G1       Sorrow          
G2       Run Like Hell          

H1       Time / Breathe (In The Air) (Reprise) 
H2       Comfortably Numb






jeudi 8 juin 2017

Roger Waters ‎– Is This The Life We Really Want?



Roger Waters ‎– Is This The Life We Really Want?
Columbia ‎– 88985 43649 1- 2 × Vinyl, LP, Europe - 02 Juin 2017


Le retour de Roger Waters se fait par la grande porte. Charge politique et album concept rare, cet effort inattendu surprend. Écoute et critique.


Is This The Life We Really Want? L’heure est au questionnement, à la réflexion, à la prise de conscience de soi, des autres. Désirons-nous vraiment le monde dans lequel nous vivons? Avant même de démarrer l’écoute de ce nouvel effort, 25 ans après Amused to Death, Roger Waters nous accueille avec une réflexion profonde et explorée tout au long de l’heure d’écoute que propose ce nouvel album.

Vétéran de la guerre musicale, grand-père rockeur idéalisé, Roger Waters connaît ses gammes par cœur. Et nécessairement, Is This The Life We Really Want? contiendra son lot de ballades folk vues et revues, mais indéniablement élevées par la voix de son mythique interprète. The Most Beautiful Girl, Wait For Her; si ces morceaux ne marquent pas nécessairement après écoute, ils remplissent leur rôle à merveille et servent la structure d’un album qui a infiniment plus à proposer.

Car bien plus qu’un simple album folk-rock, Is This The Life We Really Want? se veut être une charge politique directe, un album ancré dans son temps et surtout faisant usage de toutes les technologies proposées par le temps en question. Comment, demanderez-vous? En mettant le meilleur producteur actuel en tête du projet; ici, Nigel Godrich, incontournable et essentiel collaborateur de Radiohead. De là, l’album propose de s’élever en proposant une œuvre, riche, cohérente avec d’époustouflantes idées de production.

Ce ton est donné dès l’ouverture: l’ultra-expérimental When We Were Young débouche sur un Déjà Vu superbe, frappant par les cris du cœur de son interprète et ces sections violons que personne n’aurait pu deviner. Le tout évidemment remarquablement produit, laissant la voix intacte de Waters naviguer au milieu d’une piste musicale parfaitement équilibrée. Et quand l’album se fait plus calme, c’est pour mieux délivrer des refrains saisissants de beauté; à ce titre, Broken Bones risque de vous marquer pour longtemps.

Si la forme paraît victorieuse, bien que voulant parfois faire trop étalage de sa maîtrise (le longuet Picture That), le fond fonctionne également parfaitement. Véritables récits se répondant et se suivant dans une remarquable continuité, la charge politique est la plus forte au cœur de l’œuvre: le titre éponyme, situé en plein milieu de la galette, fait feu de tous bois, évoquant tant les évènements de Tian’anmen que l’élection de Donald Trump. Et par un merveilleux retournement de situation et un évident génie de production, la ballade folk-rock engagée devient un rythme électronique imprévisible ouvrant l’expérimental Bird In A Gale.


Malgré tout, Roger Waters n’a pas oublié l’influence de Pink Floyd. Vers la fin de l’aventure, le bassiste décoche un Smell the Roses rappelant la culte formation et les plus beaux instants de The Dark Side of the Moon. Efficace titre aux résonances blues-rock, le titre vient finalement apporter un peu plus de nuances à un album qui se conclura dans une superbe mélancolie.

Finalement plutôt classique comparée au reste de l’album, la conclusion voit s’enchaîner sans interruption Wait For Her/Oceans Apart/Part Of Me Died. Guitare acoustique délicate, piano, voix toute en retenue: Is This The Life We Really Want? se conclut à l’opposé de son ouverture. Comme un miroir se refermant, l’album se clôt en silence, s’évade dans un soupçon, un murmure. En toute humilité.


Si quelques redondances peuvent pointer le bout de leur nez au fil des écoutes, force est de constater que ce nouvel effort solo de Roger Waters est d’une consistance rare, et surtout d’une importance capitale. Œuvre riche et cohérente, nous ne pouvions demander mieux de cette légende du rock, qui, plutôt que de verser dans le too-much et la redite facile, met en avant propos engagés, mélodies expérimentales et songwriting impeccable. Que peut-on demander de plus?







TRACKLIST:

A1       When We Were Young    
A2       Déjà Vu
A3       The Last Refugee

B1       Picture That
B2       Broken Bones

C1       Is This The Life We Really Want?
C2       Bird In A Gale
C2       The Most Beautiful Girl

D1       Smell The Roses
D2       Wait For Her
D3       Oceans Apart
D4       A Part Of Me Died





Roger Waters - When We Were Young from Friedrich Mary on Vimeo.

mardi 23 mai 2017

Sting - The Soul Cages



STING - The Soul Cages (1991)


Quatre ans après "Nothing Like The Sun", alors qu’il a perdu son père, Sting enfante dans la douleur, un 3° album solo emprunt de mélancolie.

Soul Cages s’ouvre sur « Island of Souls » qui nous plonge d’une certaine manière dans les souvenirs de Gordon Mattew Summer, fils d’ouvrier né à Newcastle et nous ramène à nos propres blessures, car cette mélancolie est communicative. Personnellement, ma gorge se noue quand j’entends ce morceau ; l’introduction ainsi que les couplets sont lancinants, presque poignants, chantés de façon mécanique. Seul le refrain a le goût de l’espoir, le rythme en est plus lié. Cela ressemble à un voyage initiatique, ou un travail de deuil. Le personnage, Billy, dans lequel se projette Sting, rêve qu’un des bateaux que construisait son père, les emmènerait vers l’île des âmes. Le final comme l’intro est joué à la cornemuse et donne une couleur celtique au morceau.

"All this time" est plus sautillant, les « réjouissances » d’après funérailles, mais reste très critique vis-à-vis de la religion, et la position éphémère de l’Homme dans le temps.

"Mad about You" est une chanson sublime, intro mandoline, on revient à la poèsie que Sting nous avait servi dans le précédent opus, la touche jazzy déboule sur la pointe des pied avec un superbe solo de saxophone de Brandford Marsalis, pour débarquer en force dans le morceau suivant. "Jeremiah blues" est en effet le morceau le plus jazzy de l’album, une ligne de basse dynamique, quelques notes au piano lancées un peu dans toutes les directions, du saxophone et pour finir un très beau solo de guitare électrique par Dominic Miller.

On retombe ensuite dans la mélancolie avec "Why should I cry for you ?" Une jolie balade très triste comme autant de prières probablement dirigées vers son père. Et après un court instrumental à la guitare sèche, le voyage inititiatique se poursuit. "The Wild Wild Sea", dont l’intro évoque les vagues qui s’écrasent sur la grève, est un morceau sans rythme au début, ambiance aquatique, mélodies ciselées comme seul Sting sait les écrire. L’ambiance de la chanson monte ensuite très lentement en puissance, comme grossit la tempête en mer.

Et enfin, alors qu’il recherchait « The island of souls », le voilà dans « The soul Cages », les mots sont scandés, l’instrumentation est plus dure avec beaucoup de guitares, l’harmonie revient à la fin, et l’on retrouve même le dernier couplet de « Island of Soul » comme en écho de la première chanson.

Le dernier morceau est cosmique, on croit voler sur la Voie Lactée. « When the Angels fall » est le but du voyage, peut-être le retour à la paix de l’esprit. Une première partie paisible, une fin plus énergique rythmée par la guitare sèche.

La pochette est étrange, l’auteur en est Steven Campbell, un peintre écossais. Peut-être est-ce sa représentation physique d’une âme en cage ? Le livret est parsemé d'illustrations de son cru.

Nous avons là un album cohérent en forme de deuil, le questionnement d’un fils qui ne pensait peut-être pas que la perte de son père le marquerait tant. Mais pas entièrement noir pour autant, très abouti. Ce que l’on pouvait reprocher à Nothing like the sun , à savoir, les finals des morceaux interminables, ne se retrouve pas ici, et c’est tant mieux, car le tout fait de cet album une pièce de choix. (Sophie – Forces Parallèles).











Tracklist

A1       Island Of Souls       
A2       All This Time           
A3       Mad About You      
A4       Jeremiah Blues (Part 1)    
A5       Why Should I Cry For You

B1       Saint Agnes And The Burning Train     
B2       The Wild Wild Sea
B3       The Soul Cages
B4       When The Angels Fall



Sting - Mad About You from Friedrich Mary on Vimeo.

lundi 15 mai 2017

The CULT - Love



The CULT - Love (1985)


Le groupe a le vent en poupe, Billy et Ian se sentent pousser des ailes et sortent en Mai 1985 le hit "She sells sanctuary", soit l'une des chansons préférées de votre serviteur. Il y en a des choses à évoquer quand on parle de cette chanson magique. Tout y est proche de la perfection : la petite intro cristalline, puis ce rythme qui emprunte tour à tour à de nombreux genres musicaux, de la new wave au métal en passant par le psyché et le punk, voila un des plus beaux exemples de riff existants dans la musique populaire. La fusion ainsi dégagée n'est rien moins que fabuleuse. une composition aérienne, légère et pourtant dégageant une force terrible, écoutez donc la rythmique de guitare folk par dessus le riff, c'est légendaire ! Ian s'époumone comme à son habitude, mais ici le résultat dépasse toutes les attentes. Un chef d'œuvre !

Drôle d'intro pour un deuxième album qui connaîtra bien des turpitudes, le batteur Nigel Preston ne parvenant pas à se débarrasser de ses démons, il est viré manu militari - périra d'overdose en 92... - et remplacé au pied levé pour l'album par Marc Brezincki de BIG COUNTRY... Le CULT sera à jamais un groupe sans batteur...

Attention virage serré : "Phoenix" la bien nommée débute par un riff saturé de wahwah qui penche beaucoup plus du coté de LED ZEPPELIN que des DAMNED.. Un premier pas vers la carrière florissante qui les attend ? En tout cas, on a rarement vu un gratteux punk/new wave tant à la fête, et ceci ne passe pas inaperçu au sen de la communauté des metalleux qui regarde avec curiosité ce gratteux punk qui manie son instrument ainsi que le font les guitar heroes du métal, c'est définitif sur ce titre qu'il emporte bien loin dans les cieux ! Quelle débauche de solos ! Magnifique !

Sur le second single "Rain" , nous avons droit à un son plus New wave tout en restant bien raw, avec un refrain assez polissé. "Hollow man" est bâti sur la même base, la recette fonctionne. L'éponyme "Love" bien que plus lente bénéficie toujours de cette dynamique. "Brother wolf sister moon" nous replonge a la fois dans la passion des amérindiens de Ian et dans une ambiance plus gothique. On en finît avec la superbe "Nirvana" qui ouvre l'album, un petit condensé de ce que la new wave nous aura donné de mieux, refrain adictif et petite mélodie "cultesque" classique.

On reste un peu abasourdi devant une telle avalanche d’énergie. Certes le Punk est énergique mais ici la sophistication l'emporte sur la violence. L’ensemble reste donc de facture New Wave, mais nanti d'une puissance toute particulière. La suite ne saurait déroger à l'évolution ici constatée. Les influences digérées, les égos calmés par les ventes colossales du disque - 2,5 millions -, Ian et Billy peuvent se pencher avec délicatesse sur un futur qui s'annonce drôlement dégagé !

Un album classique, à conserver toujours à portée de votre platine, il n'y en a pas deux comme celui ci ! (ERWIN – Forces Parallèles).







TRACKLIST :


A1       Nirvana        
A2       The Big Neon Glitter          
A3       Love  
A4       Brother Wolf, Sister Moon
A5       Rain

B1       The Phoenix
B2       The Hollow Man
B3       Revolution
B4       She Sells Sanctuary
B5       Black Angel




The Cult - She Cells Sanctuary from Friedrich Mary on Vimeo.

OMD - English Electric



OMD - English Electric (2013)


Remontons le temps jusqu'en 1983. Cette année-là (dehors Cloclo !), le groupe de new-wave Orchestral Manoeuvres in the Dark sort Dazzle Ships, un album mêlant la new-wave caractéristique de l'époque et de la musique expérimentale. Le résultat était fort probant, mais le public n'avait que peu accroché, forçant OMD à dériver vers une pop électronique plus convenue et surtout moins enthousiasmante. Trente ans plus tard, soit six ans après sa reformation (le groupe n'ayant en effet plus existé entre 1996 et 2007), OMD récidive avec son nouvel album, English Electric. Avec l'évolution de la musique, il devrait avoir une meilleure réception de la part du public. En tout cas, c'est surtout un album des plus géniaux, il n'y a pas à tergiverser.

Contrairement à Dazzle Ships, English Electric accorde plus de place aux morceaux à structure standard – c'est-à-dire des chansons. Toutefois, à l'inverse de History of Modern, qui présentait une new-wave old school, elles détonnent par leur apparente originalité stylistique. OMD n'invente rien ici, mais ose le peu commun par rapport à la scène actuelle. Certes, il ne faut pas voir du côté de "Metroland" ou bien "Stay with Me" pour le voir clairement. Le premier, envoyé en single éclaireur, présente bien l'influence de Kraftwerk ainsi que le talent du groupe à créer une synthpop des plus efficaces. Le second, chanté par Paul Humphreys (youpi !), est une jolie ballade électronique dégoulinant certes de mièvrerie, mais suffisamment efficace et bien exécutée pour ne pas être zappée.

Le meilleur se trouve cependant (et bien évidemment) sur les autres morceaux. De temps à autre, une simplicité pop s'installe ("Night Café", "Dresden"), mais elle est finement utilisée, de manière à attirer sans racoler. Certaines chansons se font plus remarquer que d'autres rien que par leur titre, comme c'est le cas pour "Helen of Troy". L'écho à "Joan of Arc" sur Architecture and Morality devrait briller comme un néon dans la tête. En tout cas, voilà encore une démonstration de la puissance de la new-wave. Avec "Our System", OMD va encore plus loin et se pose clairement comme l'une des pléthoriques influences de DEPECHE MODE (paix à son âme, surtout en 2013), avec cependant un McCluskey plus charismatique au niveau du chant.
Comme dit plus haut, English Electric est une version moderne de Dazzle Ships, d'où la présence d'interludes se détachant de la new-wave/synthpop. Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est réussi. Sur un fond assez inquiétant, une litanie joyeusement neutre vante l'idéal socio-économique des années 50 sur "Atomic Ranch". "The Future Will be Silent" impressionne par l'opposition entre des synthés assez joyeux et un texte récité de manière bien froide un sombre propos, un véritable grand moment de musique contemporaine. Enfin, l'accumulation de voix sur "Decimal" se pose en tour de force rondement bien mené. Lui aussi renvoie directement à Dazzle Ships, et pour être plus précis à "Time Zones". Cette tendance à renvoyer à cet album est si bien faite qu'on ne pourra accuser OMD de passéisme ou d'auto-plagiat.

Peut-on vraiment trouver des points faibles à English Electric ? Quelques points de désaccord tout au plus. Par exemple, "Kissing the Machine" n'est pas objectivement sensationnelle, mais elle n'est pas désagréable pour autant et peut plaire à qui aime la synthpop quelque peu paresseuse.
Mais sinon, il n'y a pas de réel point faible ni de raison d'être mécontent. Non content d'avoir réussi leur come-back studio avec History of Modern, les membres d'OMD signent avec English Electric une oeuvre forte, dont certains seraient bien tentés de s'inspirer. Et si un autre album doit lui succéder, peu importe le temps que cela prend, du moment qu'il est tout aussi bon. (Waltersmoke – Forces Parallèles).






TRACKLIST :

A1       Please Remain Seated
A2       Metroland
A3       Night Café
A4       The Future Will Be Silent 
A5       Helen Of Troy
A6       Our System

B1       Kissing The Machine
B2       Decimal        
B3       Stay With Me
B4       Dresden
B5       Atomic Ranch
B6       Final Song



OMD - Dresden from Friedrich Mary on Vimeo.