jeudi 28 février 2013

Metallica - Kill'em All



METALLICA - KILL'EM ALL (1983)

Edition présentée Re Edition USA Warner Bros Records 343612-1 Non Remasterisée,
Ré-Edition faite avec les bandes masters analogique de la version "Megaforce #069 sortie le 07/25/1983".


L’histoire du groupe dont il est question ici au travers de son première album est une épopée. Tout fan de heavy metal connaît sur le bout des doigts l’histoire des Four Horsemen, le rôle et l’impact que le quatuor a eu sur notre musique préférée depuis le tout début des années 1980. Le proverbe dit qu’avec des « si » on pourrait mettre Paris en bouteille, mais malgré tout, s’il n’y avait pas eu METALLICA et surtout ses 5 premiers albums, le metal aurait-il le visage qu’il a aujourd’hui ? Sans doute pas. Plus de 20 ans après la sortie de cette première bombe rageuse, le groupe de Lars Ulrich et de James Hetfield nourrit encore nombre de passions et de controverses, et l’amour et/ou la haine qu’il suscite sont indissociables.

Nous sommes au début des années 80, et la N.W.O.B.H.M. (New Wave Of British Heavy Metal) règne en maître sur le monde du metal. IRON MAIDEN mène la danse avec à ses trousses DEF LEPPARD, SAXON puis les DIAMOND HEAD, GIRLSCHOOL, RAVEN, ANGELWITCH et plein d’autres. A côté, on retrouve les vétérans de JUDAS PRIEST dont le sens de la mélodie, des riffs acérés et des tempos parfois speed font mouche, comme en témoigne les chefs d’œuvre British Steel (1980) et Screaming For Vengeance (1982). La frange la plus extrême et bruitiste du heavy metal est alors tenue en bride par le MOTORHEAD de Lemmy qui mélange dans une mixture sonique au gros son heavy un côté direct, sale et rock’n roll proche du punk. MOTORHEAD est suivi dans le domaine de l’exubérance sonore par le trio de Newcastle VENOM, qui mêle à cette violence le look cuirs, clous et cartouchières des 2 groupes cités précédemment à une imagerie satanique développée en son temps par BLACK SABBATH (dans une mesure un peu plus subtile que celle de VENOM, il faut l’avouer, lol). Ces clichés font des émules, et VENOM ouvre la voie à de nombreux combos à l’imagerie extrême, comme les danois de MERCYFUL FATE emmenés par l’étrange King Diamond (bien que la musique de ces derniers soit plus clean et virtuose que celle de VENOM).

L’histoire de METALLICA débute quand un jeune compatriote de MERCYFUL FATE, le batteur Lars Ulrich, fan de tous les combos cités ci-dessus (notamment DIAMOND HEAD) émigre avec sa famille vers la Californie. Le jeune homme avait songé à devenir batteur lorsqu’il a assisté à un concert de DEEP PURPLE en 1972, impressionné par le jeu de Ian Paice. Laissant alors tomber une carrière de tennisman (son père Torben Ulrich était une star du tennis à l’époque), il s’est surtout enthousiasmé lors de l’explosion de la N.W.O.B.H.M. Après son arrivée aux Etats-Unis, il était reconnu comme un spécialiste de cette musique, se fournissant en imports européens, dénigrant les groupes glams de Los Angeles jugés trop superficiels et aguicheurs. Il fit alors la connaissance de James Alan Hetfield, jeune homme timide, guitariste du groupe LEATHER CHARM. Après quelques rencontres, les 2 hommes décident de monter un groupe ensemble, qui serait la somme des influences heavy metal européennes de Lars et de James, le tout servi par l’agressivité, la vitesse et la hargne de MOTORHEAD et des groupes punk/hardcore anglais et américains (G.B.H., DISCHARGE, MISFITS entre autres).

Le groupe se stabilise avec Ron Mac Govney à la basse, et Dave Mustaine à la guitare lead. Les 4 travaillent alors les premières compositions et commencent à tourner. Le nom de METALLICA se répand ainsi très vite dans l’underground. La compilation Metal Massacre lance le groupe grâce au terrible « Hit The Light ». Mac Govney quitte le groupe pour être remplacé par Cliff Burton (ex-TRAUMA) qui a épaté le groupe par son jeu original, son look et sa personnalité unique. Peu à peu alors que l’élaboration de ce premier album va bon train (l’album aurait du se nommer initialement Metal Up Your Ass) et que les tournées deviennent intenses dans la région, la tension monte entre Dave Mustaine et le reste du groupe, surtout avec James Hetfield. Les abus de Mustaine sont de plus en plus difficiles à gérer. Celui-ci est viré manu-militari juste avant l’enregistrement de l’album. Il est remplacé par le guitariste d’EXODUS, Kirk Hammett, et James Helfield décide alors d’occuper le poste de chanteur en plus de ses parties de guitare rythmique. S’estimant lésé et victime d’une manœuvre injuste de la part de ses ex-collègues, Mustaine dont les talents d’écriture et le jeu s’étaient pourtant révélés percutants ira fonder le concurrent MEGADETH avec le succès que l’on sait …

Annoncé par une bonne promotion et par les nombreux concerts du gang qui ont établi sa réputation scénique, le sanglant Kill’em All fait l’effet d’une bombe en cette année 1983, son impact débordant du strict cadre de l’underground. Les titres sont rageurs, menés à un train d’enfer. James chante et rugit avec panache, avec une voix qui n’est pas encore tout à fait maîtrisée, comme juste sortie de l’adolescence. Mais ce caractère fait partie du charme d’un disque qui se veut très spontané malgré le son qui n’est pas mauvais. Les solos de Kirk Hammett sont à tomber par terre et se juxtaposent sur les rythmiques du trio Ulrich/Burton/Hetfield (ces attaques de guitare !). Kill’em All contient de très nombreux classiques du thrash metal naissant (speed metal où les riffs de guitares sont frettés de manière très rapide et insistante) et METALLICA est propulsé chef de file du mouvement en cette année 1983, avec juste derrière lui les premières réalisations de SLAYER et d’ANTHRAX. Le génial « Hit The Light » avec son intro terrible et ses solos de la mort, l’hymne « The Four Horsemen » qui donnera au groupe l’un de ses surnoms, « Motorbreath » qui sent bon la machine lancée à fond la caisse (putain, ces riffs de fou !), le pépère mais efficace « Jump In The Fire », le travail formidable de Cliff Burton à la basse sur « (Anesthesia)-Pulling Teeth », le violent « Whiplash » qui résume à lui tout seul le thrash metal et sa philosophie … puis les grandioses « Phantom Lord », « No Remorse » (ce solo d’intro est gigantissime), « Seek And Destroy » et son break mémorable avant de nous achever sur le méga violent « Metal Militia ».

Tout comme presque 15 ans plus tôt LED ZEPPELIN avait institutionnalisé le hard-rock, tout comme les premiers BLACK SABBATH avaient fait du heavy metal un genre musical à part entière, METALLICA matérialise ici avec Kill’em All le thrash metal naissant … même si le genre avait pu être ébauché à leur manière par VENOM ou EXCITER. Les californiens sont parvenus à réaliser ici une mixture entre rage, nihilisme, puissance et musicalité, poussant encore plus loin les limites de la famille metal, une mixture qui s’affinera avec le temps et ce dès l’album suivant. D’autres n’allaient demander qu’à suivre ce premier pas. Toujours est-il que le nom de Kill’em All n’est pas seulement gravé sur les nombreux CD à la pochette au marteau et à la flaque de sang qui se vendent encore aujourd’hui, mais aussi (et surtout) dans les Tables de la Loi du heavy metal. Le début d’une révolution. Un album indispensable, cela va sans dire. (Powersylv - Metal Nightfall).


TRACKLIST :

A1Hit The Lights4:17
A2The Four Horsemen7:08
A3Motorbreath3:03
A4Jump In The Fire4:50
A5(Anesthesia)-Pulling Teeth3:27
A6Whiplash4:06
B1Phantom Lord4:52
B2No Remorse6:24
B3Seek & Destroy6:50
B4Metal Militia6:06






Queen - Greatest Hits



QUEEN - GREATEST HITS (1981)
Edition Neerlandaise "Grootste Hits" 1A 064-54079 


Pourquoi sortir un "Greatest Hits" ? Pas de fin de contrat, pas de pause dans la carrière du groupe… Simplement pour marquer le "tournant" des années 80 alors. Avec le recul, on peut effectivement affirmer que QUEEN n'a pas très bien réussi son entrée dans la nouvelle décennie. 

Mais ce constat ne se vérifiera réellement qu'en 82 avec "Hot Space". En attendant, ce "Greatest Hits" est une excellente façon de résumer la première partie de la carrière de QUEEN, la meilleure. Comme son nom l'indique on y retrouve donc les plus gros succès du groupe (donc les singles), pas forcément les meilleures chansons, mais tout de même : le contenu est impressionnant ! "Bohemian Rhapsody", "Another One Bites The Dust", "Bicycle Race", "Somebody To Love", "We Will Rock You", "We Are The Champions"…etc. 

Au total 17 chansons qui furent réellement des "hits" et qui, plus de 20 après, restent pour la plupart très célèbres. Incontournable. (Nico - N.I.M.E.).


Tracklist :


A1Bohemian Rapsody
A2Another One Bites The Dust
A3Killer Queen
A4Fat Bottomed Girls
A5Bicycle Race
A6You're My Best Friend
A7Don't Stop Me Now
A8Save Me
B1Crazy Little Thing Called Love
B2Somebody To Love
B3Now I'm Here
B4Good Old-Fashioned Lover Boy
B5Play The Game
B6Flash
B7Seven Seas Of Rhye
B8We Will Rock You
B9We Are The Champions




Portishead - Third



PORTISHEAD - THIRD (2008)
En deux albums studio, Dummy en 1994 et Portishead en 1997, dix-sept ans de carrière dont dix ans de silence absolu, Portishead s'est construit une image de groupe mythique, cité jadis en tant que source d'inspiration par un nombre incalculable de formations qui se sont engouffrées dans la brèche trip hop ouverte par Beth GibbonsGeoff Barrow et Adrian Utley, avec l'aide précieuse de Massive Attack, au milieu des années 1990. Que l'on songe aux Sneaker Pimps, à Archive,GoldfrappZero 7LambHooverphonicMoloko, j'en passe et des meilleures. Tous se revendiquent, à un niveau ou à un autre, du fameux groupe de Bristol, qui a ainsi été récupéré à son corps défendant par des formations plus ou moins éphémères qui ont, petit à petit, offert au trip hop une audience mondiale, pour ne pas dire ultra-commerciale.
Les marketeux de tout poil, toujours prompts à exploiter ce qui leur passe sous la main, ne s'y sont pas trompés, comme en témoigne la fameuse publicité avec Sophie Marceau pour un célèbre parfum, au son du tubissime "Glory Box" – un morceau aussi envoûtant à l'époque que totalement galvaudé aujourd'hui, symbole d'une œuvre désormais utilisée pour illustrer des cours de relaxation. A tel point que l'on comprend parfaitement les hésitations des Bristoliens à donner suite à une aventure qu'ils ont fini par ne plus maîtriser du tout. Avouons-le : Portishead est devenu un nom quasiment maudit, une sorte de tarte à la crème, tant et si bien que le terme même de "trip hop", au début de ce vingt-et-unième siècle, a quasiment perdu toute signification.
La question est donc double : pourquoi revenir et pourquoi maintenant ? En 2008, quand Massive Attack n'est plus que l'ombre de lui-même après ses querelles intestines, quand les Sneaker Pimps, qui ont entamé dès 1999 un virage electro, ne donnent plus signe de vie, quand Morcheeba, après avoir perdu sa chanteuse, est devenu une usine à soupe froide, quand tant d'autres groupes suiveurs ont disparu de la circulation, quandDummy et Portishead ne sont plus que deux albums bons à écouter en voiture ? La réponse est simple : parce que Portishead a été un groupe précurseur et qu'il voulait relever ce défi magnifique, celui de prouver qu'en évoluant dans un même univers, il était encore possible d'inventer et de se réinventer. Pari tenu.
Third est un album qui porte bien son nom. Il s'agit d'un album triple. Pas un triple album : une galette, 11 titres, 49 minutes. Mais un album qui révèle trois personnalités distinctes. D'un côté, on y retrouve un trip hop de bonne facture, relativement classique (mais sans scratches), qui n'aurait pas dépareillé sur Dummy, avec des morceaux comme "Hunter", "Nylon Smile" ou encore "Plastic". Peu surprenants, quoiqu'agréables, ces morceaux satisferont les amateurs de cette musique sombre, lente, voire neurasthénique, sublimée par le chant plaintif de Beth Gibbons. D'un autre côté, on y trouve, un peu plus surprenant, deux ritournelles interprétées à la guitare ou à l'ukulélé, comme "The Rip" et "Deep Water", une petite chanson en forme de pause entre deux titres éprouvants.
Car, ce dernier côté, cette troisième face de l'album, c'est une musique froide, martiale, psychédélique et expérimentale, qui tire l'auditeur vers le rock allemand de la fin des années 1960 voire le rock industriel desNine Inch Nails, illustrée par un titre en particulier, le single "Machine Gun". Oui, Portishead revient, mais ce n'est plus tout à fait celui que l'on a connu. Alors que l'on aurait pu craindre le pire d'un retour après un si long silence, surtout avec une campagne marketing aussi importante (pub à la télé, album en préécoute sur Last.fm), impossible de ne pas se raviser en écoutant ce premier single brutal, glacial et intransigeant, aux antipodes du tube facile auquel Portishead aurait pu céder pour satisfaire les millions d'oreilles d'ores et déjà acquises à sa cause. Ce morceau, extrêmement audacieux, extrêmement risqué aussi, au son saccadé comme le bruit d'une mitraillette (d'où le titre), est pourtant une réussite absolue, le genre de mélange chaud (la voix de Gibbons) froid (le rythme, les nappes électroniques) dont Depeche Mode période Black Celebration aurait pu accoucher mais dont Gore et Gahan n'auraient jamais eu le courage aujourd'hui, trop obsédés par l'idée de caresser leurs fans dans le sens du poil. Le genre de titre, aussi, qui aurait fait merveille dans Rez, le célèbre jeu vidéo de Tetsuya Mizuguchi, sorti à l'origine en 2001 sur Dreamcast. Hypnotique et envoûtant.
Plusieurs autres morceaux, magnifiques, sont de cet acabit : "Magic Doors", véritable sommet de l'album, magique de bout en bout ; "We Carry On", aussi lourde qu'éblouissante, plus loin encore que ce que Radioheada pu produire sur Kid A Amnesiac, plus réussi, surtout ; "Threads", ultime merveille de cet album ; "Small" et ses claviers seventies et sa batterie digne d'un défilé militaire ; ces titres qui, chacun à leur manière, façonnent ce disque, sans doute l'un des plus importants de l'année, cette œuvre magistralement dense, impossible à résumer, à classer, à catégoriser. Un chef-d'œuvre, même, dont chaque écoute révèle une nouvelle pépite. Aussi sombre et désespéré que ces deux grands frères, mais beaucoup plus psychédélique, puissant, voire couillu, le petit Troisième parvient aisément à les surpasser – de loin – grâce à une maîtrise technique et une palette d'émotions beaucoup plus vastes qu'auparavant et, surtout, grâce à une prise de risque de chaque instant. Une réussite incontestable. (Splinter - GMD).

TRACKLIST :

A1
Silence
5:01
A2
Hunter
3:59
A3
Nylon Smile
3:20
B1
The Rip
4:31
B2
Plastic
3:31
B3
We Carry On
6:28
C1
Deep Water
1:33
C2
Machine Gun
4:46
C3
Small
6:47
D1
Magic Doors
3:32
D2
Threads
5:48

Mercury - 2x12" 45 RPM - Limited Edition - B0011141-01 JK02 - USA








Garbage - Beautifull Garbage



GARBAGE - BEAUTIFUL GARBAGE (2001)


La quatuor de Garbage nous avait habitué à une musique aux apparences sûres d’elles, à une science exacte, ignorant royalement les doutes. Aujourd’hui, surprise, on entend quelques fausses notes chez Garbage, des chansons à la technologie réduite aux accessoires, des pop-songs expédiées en une poignée de pistes ? bref, de l’humanité livrée sans Tipp-Ex ? sur le déroutant beautiful Garbage. Déroutant au sens le plus noble du terme, tant ce groupe que l’on craignait condamné par sa formule même ? faire du rock et de la pop avec les outils de la dance-music ? s’échappe aujourd’hui à sa réputation.
Une révolution menée en douceur par la voix autoritaire de Shirley Manson, qui s’invente ici autant de registres que de chansons et condamne ses compagnons de jeu médusés aux exploits ad hoc : de la simplicité d’une guitare nue et velvetienne sur So like a rose jusqu’à la profusion jouissive et grandiloquente de Can’t cry these tears . “Il y a un côté Porsche et un côté tracteur chez Garbage“, explique Butch Vig. Idéal pour conduire en zigzag, hors des sentiers battus. Avec cet album taillé pour les radios, mais avec des outils de chirurgie expérimentale, Garbage invente un nouveau genre : l’extrême centre. (JD Beauvallet - Les Inrocks).

TRACKLIST :
A1
Shut Your Mouth
A2
Androgyny
A3
Can't Cry These Tears
A4
Til The Day I Die
B1
Cup Of Coffee
B2
Silence Is Golden
B3
Cherry Lips (Go Baby Go!)
C1
Breaking Up The Girl
C2
Drive You Home
C3
Parade
D1
Nobody Loves You
D2
Untouchable
D3
So Like A Rose
Mushroom Reccords - MUSH95LP - UK Press.





mercredi 27 février 2013

R.E.M. - Out Of Time



R.E.M. - OUT OF TIME (1991)


Out of Time, ou quand un petit groupe universitaire fait un grand boum, rentre d'un coup dans la cour des grands et devient star interplanétaire... Out of Time, ce sont onze chansons par quatre musiciens encore jeunes et bien entourés avant tout. C'est devenu un des best-sellers de ce début d'années 90, avec pas moins de 18 millions de copies vendues dont 1,250,000 rien qu'en Allemagne, quadruple disque d'or aux US et bien sûr numéro 1 partout ailleurs, trois Grammy Awards... Bref la REMania bat son plein.

Après la tournée Green, les membres du groupe avaient nécessité un peu de repos, qui s'est donc en fait étalé sur trois ans. Ils ont pris le temps de peaufiner cette oeuvre, en faisant entre autres venir une kyrielle de musiciens additionnels, ce qui tranche de manière rigoureuse avec l'intimité des précédents opus. Et naturellement c'était prévisible, le ton est plus pop, plus propre, plus léché, sucré même parfois... Tout à fait à l'image des deux premiers singles. Encore, « Losing My Religion » conserve cette gravité et cette profondeur qui incite au respect, c'est en outre l'un des rares tubes pop reposant sur un riff de mandoline. Par contre, « Shiny Happy People » peut facilement déranger avec ses cordes langoureuses, son ton hyper-léger... Mais la chanson est elle aussi une réussite contre toutes attentes, avant tout appréciable pour son refrain où Mike Mills, Kate Pierson (des B-52's) et Michael Stipe chantent une phrase l'un après l'autre.

Le disque commence en réalité avec « Radio Song », un... rap. On est encore dans le hip-hop bien rapide et funky du début des années 90, et R.E.M. a cru bon d'en incorporer à sa musique, ce qui donne un mélange mi-folk/rock pour les refrains (cordes et cuivres d'invitent néanmoins parfois), et râpeux pour les couplets avec le flow de KRS-One, une basse slapée, bref de quoi en étonner plus d'un rockeur. « Belong » quant à elle, n'emploie du côté de la voix qu'une récitation pour couples, et des « whooo » harmonisés pour les refrains. Une recherche d'évasion, tout comme sur « Half a World Away », où même en ayant connaissance d'une influence classique, on n'aurait jamais pensé rencontrer un clavecin ! Voilà une ballade fort à-propos, sur laquelle on retrouve le goût du groupe pour ce qui est de mélanger pop et instruments acoustiques.

Même si je reconnais une certaine qualité à ce disque, je ne peux m'empêcher d'être toujours refroidi par sa première moitié. Après « Losing My Religion », il y a « Low », un titre grave comme son nom l'indique, où les instruments jouent de manière soft et qui peine à se révéler passionnant sur la longueur. Dans la même lignée, il y a l'instrumental « Endgame » (sur lequel plane la voix de Stipe néanmoins), pourtant garni d'instruments à vent divers qui n'en font pas des tonnes. En fait, ils sont vraiment discrets, étrange choix mais qui pose une ambiance quel que soit le morceau. Quant à « Near Wild Heaven », c'est une bluette pop enlevée et chantée par Mike Mills, sympathique mais dont les « papapapa paa paa » font un peu forcés, non ?

Le meilleur se situe à mon sens à la fin. « Texarkana », également chantée par Mills avec Stipe en renfort, est un bijou de up-tempo, qui lui signifie réellement quelque chose au niveau de l'évasion. Les ruptures à la basse sont excellentes et c'est là où les cordes trouvent leur meilleur usage, rendant le tout épique. Elle aussi puissante dans le rythme, « Me in Honey » est un bijou au riff simple et à nouveau porté par la voix de Kate Pierson. Ca donne envie de conduire un ten-ton truck et de prendre la première highway en direction de l'Ouest. Mais à ce titre, « Country Feedback », nettement plus lente est aussi l'idéal. Très sombre, elle concerne à la fois un retour en images diverses sur des moments traumatisants et la fin d'un amour, alors que beaucoup d'autres chansons en vantent la beauté. La musique est complètement hypnotisante avec ses accords qui tournent en boucle, les cordes de Peter Buck et Michael Stipe habités au possible... Ce n'est pas la chanson préférée de ce dernier pour rien.

Même si je trouve qu'il manque un peu d'unité et de consistance par moments, Out of Time est la représentation exacte de l'album efficace, en accord avec son époque (ne serait-ce que « Radio Song ») tout comme il lui arrive de s'en éloigner (« Half a World Away »). Et c'est un album très important pour R.E.M., visiblement tellement ébranlé par son succès qu'ils n'arriveront pas à le défendre en live (il n'y a pas eu de tournée 91). (Marco Stivell - FP).


TRACKLIST :

Time Side
A1Radio Song4:12
A2Losing My Religion4:26
A3Low4:55
A4Near Wild Heaven3:17
A5Endgame3:48
Memory Side
B1Shiny Happy People3:44
B2Belong4:03
B3Half A World Away3:26
B4Texarkana3:36
B5Country Feedback4:07
B6Me In Honey4:06