mardi 19 mars 2013

Iron Maiden - Somewhere in Time



IRON MAIDEN - SOMEWHERE IN TIME (1986)


« Je n’en pouvais simplement plus. J’avais l’impression d’être un bout du décor, à l’égal d’un projecteur »
Bruce Dickinson

Ces mots reflètent tout le malaise qu’à pu laisser une tournée aussi extravagante et démente que celle du World Slavery Tour, en promotion de "Powerslave". Des centaines de dates, des shows gigantesques, des fans hystériques, une vie privée complètement prohibée, une intimité bannie, une stabilité disparue.
Lorsque la tournée prend fin, Bruce s’enferme dans son studio, alors que Steve Harris a propose à tout le monde une pause de six mois pour prendre un repos bien mérité (qui se transformera en quatre mois). Rapidement, Steve et Adrian Smith bâtissent le squelette de ce que deviendra "Somewhere in Time", une direction plus épique, plus synthétique mais pourtant plus puissante. Une continuité musicale dans une diversité artistique. Mais Bruce n’y croit plus, il veut changer de direction, offrir de l’acoustique, raconter des histoires, émerveiller les gens…mais trop affaiblit psychologiquement (plus que les autres membres du groupe, la tournée ayant laissé des traces), Steve refuse les morceaux et finalement enregistre les morceaux composés de son côté et ceux d’Adrian, sans que Bruce ne soit crédité d’un seul titre (Dave Murray est crédité sur "Déjà Vu").

Si "Somewhere in Time" ne représente qu’un « album de plus » pour le vocaliste surdoué, il n’en est pas moins la quintessence absolue du son Maiden, l’essence la plus parfaite des compositions de la vierge de fer, dégageant une puissance et une mélodie que jamais ils n’égaleront par la suite. Une puissance justement subjuguée par la performance sensationnelle de Bruce qui, s’il ne fait que chanter ce qu’on lui donne, le fait d’une merveille à couper le souffle. Un caractère épique se développe sur ce sixième opus, le son se fait plus dense, la puissance plus naturelle, les soli plus techniques, la section rythmique écrasante (Martin Birch étant au sommet de son art sur ce disque) et surtout ces lignes vocales qui s’envolent vers les cieux et dégagent une énergie incroyable.

Le seul titre d’ouverture "Caught Somewhere in Time" décrit cet état de fait. Une intro réalisée à la guitare synth (nouvelle génération de guitare à l’époque), une densité sonore bien plus importante, fortement perceptible dans une basse omniprésente et un jeu de batterie encore plus touffu qu’à l’accoutumé, très technique et vif. Bruce y chante de façon bien plus agressive, il monte très souvent dans les aigu mais y est plus sec, plus tranchant et carnassier. Un refrain culte mais malheureusement absent des concerts prouve une nouvelle fois que Bruce était (et reste) l’un des plus grands chanteurs de la planète, d’une simplicité presque écœurante mais d’une puissance dantesque, suivi par un break monstrueux et une ligne de basse injouable. Le duo Smith / Murray semble véritablement au sommet de son art, autant dans les soli que dans les riffs ou les parties mélodiques.

Sans aucun doute l’album le plus agressif du groupe, un titre comme "Sea of Madness" au riff carrément thrash est finalement tout sauf l’œuvre d’un groupe se répétant. "Stranger in a Strange Land" et son ambiance hypnotique, au riff magnifique et à la partie de basse splendide (mais quel joueur…) dégage une ambiance presque onirique, notamment grâce à des arpèges et des envolées de guitares que le groupe n’avaient encore jamais expérimenté. La performance de Bruce, entre intimisme sur les couplets et exubérance sur le pré-refrain, démontre un talent presque théâtral. On y retiendra un solo d’Adrian magique, unique, d’une beauté renversante de sensibilité et de pureté mais toujours sous couvert d’une puissance presque céleste, pleine de grâce, notamment grâce à un Nicko McBrain n’arrêtant jamais derrière ses futs (sa performance préférée de son propre aveu). .
Le gros point fort de "Somewhere in Time" reste également son aptitude à ne posséder aucun temps faible, aucun temps mort, aucun morceau de trop. Le culte "Wasted Years" au riff d’intro si caractéristique continu de faire rêver par sa mélodie enivrante, sa ligne de basse si caractéristique, ce refrain que jamais personne n’oubliera ("So…understand !!!!!!!!!") et cette richesse sonore que ne possédait pas les albums précédents, ces petits détails que l’on découvre en toujours plus grand nombre, ces subtilités inépuisables qui en font les grands albums.

Plus mélancolique, et peut-être plus discrète, "Déjà Vu" abreuve l’auditeur en continu de nappes de synthés envoutantes, malgré la force de frappe impressionnante de Nicko et le chant acéré de Bruce, définitivement capable de décrocher des plans qui lui sont propres.
"Rime of the Ancient Mariner" restera unique dans les esprits, mais "Alexander the Great" lui offre une dynamique non négligeable, et, telle une épopée, suit la vie du conquérant sur plus de huit minutes d’extase métallique. Une intro sur laquelle les cavaliers marchent, longuement, silencieusement, les mélodies arrivant progressivement dans le spectre sonore. Puis la bataille, la guerre, des riffs toujours aussi puissant, un Bruce en état de grâce, un Steve Harris n’en finissant pas de slapper sa basse comme un forcené…tout…l’extase, la jouissance musicale.

Injustement mis de côté par le groupe lui-même, "Somewhere in Time" bénéficie pourtant d’une âme propre et d’une atmosphère spatiale qui ne le fait ressembler à aucun autre, là où des morceaux des trois précédents albums auraient facilement pu être intervertis. "Somewhere in Time" est une œuvre aboutie, touchant du doigt la sacro-sainte perfection, et marquant à jamais le monde du métal en général et du heavy métal en particulier. Un album qui en vingt-cinq ans n’a pas pris une seule ride ni même osé être effleuré par la poussière. Un album que jamais personne n’écoutera avec lassitude, un album qui tournera jusqu’à la fin des temps…sans pour autant que l’on ait réellement le sentiment d’en avoir fait le tour. (Eternalis - Uzine).


TRACKLIST :

A1Caught Somewhere In Time7:22
A2Wasted Years5:06
A3Sea Of Madness5:42
A4Heaven Can Wait7:24
B1The Loneliness Of The Long Distance Runner6:31
B2Stranger In A Strange Land5:43
B3Deja-Vu4:55
B4Alexander The Great (356-323 B.C)

8:35


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