mercredi 28 août 2013

Madonna - True Blue



MADONNA - TRUE BLUE (1986)
SIRE - 925 442-1 (Europe)

Les premières notes de violon éblouissent et font l'effet d'une violente vague de fraîcheur qui déferle dans nos oreilles. Waoouh, c'est MADONNA, ça ? Ben oui. Bienvenue dans le monde merveilleux de True Blue, le troisième album studio de Louise Madonna Ciccone, l'icône pop américaine. Désormais, c'est un fait et un acquis, MADONNA est une star planétaire, reconnue par ses pairs (y compris Michael JACKSON). Quoi qu'on puisse alors en penser, force est de reconnaître en 1986 la puissance commerciale et artistique de MADONNA, et son talent d'artiste/auteur/compositeur.

Mais comme vous avez pu le deviner en lisant mes premières lignes un paragraphe plus haut, True Blue, sa nouvelle offrande parue en 1986 n'est pas complètement dans la continuité de Like A Virgin, encore moins du premier album de 1983. True Blue présente Madonna sous un nouveau jour, étonnamment plus mature. C'est, pour de nombreuses critiques, la fin de la période "toy boy" de Madonna, et le début de sa phase "adulte". En témoigne un texte tel que celui de la merveilleuse chanson d'ouverture, "Papa Don't Preach", qui comme chacun le sait peut être, évoque le problème de l'avortement et des filles-mères. Alors bien sûr, ce genre de chanson ne manquera pas de créer la controverse dans certains milieux, et son ambiguïté est encore débattue de nos jours ... Il n'empêche, MADONNA réussit ici à jouer sur deux tableaux : la provocation encore et toujours de mise, et le sérieux d'un propos sinon moins dansant, de toute évidence plus affirmé et plus recherché.

True Blue s'affirme par de nombreux aspects musicaux comme un disque de pop 80's totalement dans l'air du temps et surtout totalement représentatif de son époque. C'est à n'en pas douter l'un des disques pop majeurs de cette décennie souvent si décriée en matière de musique commerciale. Musicalement, True Blue est surtout marqué par l'omniprésence des synthétiseurs en tous genres. Cependant, les synthés sont certes clinquants mais jamais vulgaires, et une atmosphère de bonheur décomplexé règne sur tout l'album. Si cet album est placé sous le signe de la couleur bleue (et pas n'importe quel bleu, le "bleu franc", le "vrai bleu"), ça n'est pas sans raisons, tant cette couleur est synonyme de liberté, d'une gaieté froide et franche, sans superflus inutiles.

Quasiment toutes les chansons de cet album sont des tubes, de la très futuriste "Open Your Heart" à la plus que latino "La Isla Bonita" (empruntes de sonorités cubaines très classieuses), en passant par l'émouvante "White Heart". Mais ce qui est fascinant avec tous ces tubes, c'est qu'autant leur potentiel de hit à succès est incontestable, autant leur qualité artistique est indéniable. Rien ne sonne facilement ici, MADONNA se permet des structures évolutives et jamais faciles, très construites, presques progressives par certains aspects. C'est notamment le cas sur une ballade sublime à la structure surprenante de bout en bout telle que "Live To Tell", alternant instrumentales electro futuristes façon VANGELIS et couplets plus pop.

Avec des titres tels que "Where's The Party" et "Jimmy Jimmy", MADONNA revient cependant à des sonorités plus proches de ses deux premiers opus, mais là encore, l'évolution musicale présente sur True Blue rend ces titres plus matures et plus classieux. Et puis mine de rien, l'expérimentation est toujours présente, sans rien renier des aspects new wave des origines : c'est le cas notamment sur le titre éponyme, "True Blue", emprunt de sonorités quasiment reggae, et qui dénotent une certaine influence de la scène britannique sur la musique de MADONNA, ou encore bien évidemment ce monument d'influence latino, "La Isla Bonita", qui semble écrit pour être écouté pendant vos vacances.

True Blue est un fantastique chef d'oeuvre, un disque à la beauté éclatante et sulfureuse, durant lequel on ne s'ennuie jamais. Encore un classique, que je recommande encore une fois chaudement, d'autant plus qu'il s'agit véritablement d'un disque qui m'a conquis personnellement, alors que je ne suis pas forcément un inconditionnel de MADONNA.

Ce disque, c'est de l'or en barres. Allez quoi, faites vous donc plaisir et ne reniez pas ce merveilleux album ... (RedOne - Nightfall).


TRACKLIST:


A1Papa Don't Preach
A2Open Your Heart
A3White Heat
A4Live To Tell
B1Where's The Party
B2True Blue
B3La Isla Bonita
B4Jimmy Jimmy
B5Love Makes The World Go Round





Santana - Amigos



SANTANA - AMIGOS (1976)
CBS - 86005 (Europe)

A l'exception de "Caravanserai", les albums jazz rock de Santana ne se sont pas très bien vendus, et ce n'est pas un hasard si le petit singe bleu situé en haut de l'arbre qui est à droite de la pochette tient dans sa main le premier album du groupe. "Amigos" est en effet un disque de rupture où le groupe tente de renouer avec le succès de ses premiers albums. Le message du petit singe est toutefois un brin ambigu car musicalement, le groupe ne revient pas au latin rock endiablé qui a fait le succès de ses trois premiers disques.

"Amigos" est l'un des disques les plus inégaux que je connaisse : la grâce et le vide s'y côtoient de façon très désagréable, les attentes suscitées par les grands titres étant refroidies de la plus violente des manières par des morceaux sans le moindre intérêt. Le rock FM de Santana se mâtine d'un funk dont la rythmique évoque par moment la période jazz rock de Santana... mais sombre inexorablement dans un disco insipide et sans âme.

Mais, contrairement à trop d'albums qui suivront du groupe, on ne peut résumer "Amigos" à ces quelques morceaux. En premier lieux parce qu'il y a "Europa (Earth's Cry, Heaven's Smile)". La composition est certes enrobée d'un sucre absent de "Samba Pa Ti", mais les qualités mélodiques du titre en feront un véritable classique (repris par Gato Barbieri, Tuck & Patti...) - sans parler du solo de Santana, qui reste l'un de ses mieux construits. 

Ensuite, parce qu'un instrumental tel que "Take Me With You" montre que le groupe n'a rien perdu de sa force lorsqu'il joue sans filet (comme c’est le cas en première partie de morceau, où l’on retrouve la verve d’"Abraxas"), qu'un titre comme "Gitano" (dont l'introduction à l'acoustique est finalement le moins bon moment) n'aurait pas dépareillé sur "Buena Vista Social Club", et que "Dance Sister Dance" est une composition solide où le groupe trouve un certain équilibre. (Ayler).



TRACKLIST :


A1Dance Sister Dance (Baila Mi Hermana)
A2Take Me With You
A3Let Me
B1Gitano
B2Tell Me Are You Tired
B3Europa (Earth's Cry Heaven's Smile)
B4Let It Shine




samedi 24 août 2013

Manic Street Preachers -This Is My Truth, Tell Me Yours



MANIC STREET PREACHERS
THIS IS MY TRUTH TELL ME YOURS (1998)
EPIC ‎– 491703 1 (UK PRESS)



Premier single des Manic Street Preachers à avoir atteint le sommet du Top 40 anglais, "If you tolerate this your children will be next" arbore la seule constante de ce trio en perpétuelle métamorphose : un engagement socialiste indéfectible qui les emmena se produire à Cuba en 2001, fait inédit pour des rockers. Ce triomphe international – l'imposant Fidel Castro lui-même se déclara impressionné – surprend au vu de leurs débuts chaotiques.

Définie en 1988 après quelques remaniements internes, la formation galloise compte initialement 4 membres. James Dean Bradfield (chant) et Sean Moore (batterie) s’appuient sur les compositions du bassiste Nicky Wire. Ce dernier partage le songwriting avec le mystérieux Richey James Edwards, homme de l’ombre au rôle mal défini.  Rebelles, sombres et décalés, les Manic Street Preachers attisent bien vite la vindicte journalistique, notamment en raison d’une philosophie libertaire et arrogante. Pire, les jeunes gens n’hésitent pas à cracher vertement sur toutes les idoles indie du moment. Tel un curé féru de catch, le public réprouve cette attitude provocante mais se jette sur les 3 premiers albums du groupe. Il y découvre des airs punks évoquant irrésistiblement les Sex Pistols.

Le séisme se produit un banal matin de 1995. Miné par la dépression et l'alcoolisme, Richey Edwards disparaît dans la campagne galloise sans laisser de traces. Suicide ou début d'une nouvelle vie ? Nul ne le sait encore aujourd'hui. Toujours est-il que plus rien ne sera comme avant. Ses trois compères décident malgré tout de continuer l'aventure et sortent l'année suivante un album au titre explicite,"Everything must go". Versatiles, les critiques réservent un excellent accueil à ce disque en totale contradiction avec ses précédents. "This is my truth tell me yours", né en 1998, persiste dans cette voie britpop diamétralement opposée aux racines rageuses du groupe et leur apporte la consécration.

Loin de la désinvolture juvénile qui règne alors, cet opus se montre grave et pacifiste avec son titre hommage à une déclaration du leader travailliste gallois Aneurin Bevan. Le flamboyant "If you tolerate this your children will be next" remémore amèrement l'horrible et meurtrière guerre civile espagnole, théâtre du massacre des nombreux républicains opposés à Franco. Dans la même veine, la belle ballade"The everlasting" dénonce la fraternité vacillante entre les peuples. Simples et sobres, les schémas musicaux privilégient les textes sincères  au fil de refrains bien orchestrés quoique un peu répétitifs ("I'm not working", "Be natural"). Quelques titres plus personnels ajoutent encore à l'émotion ambiante, notamment avec le troublant "Ready for drowning", allusion au destin mystérieux d'Edwards dont on retrouva la voiture près d'une rivière, ou "You stole the sun from my heart", évoquant le difficile éloignement des tournées mondiales. Sagement mélancoliques, ces 13 chansons reflètent une douce lassitude quotidienne ("My little empire", "You're tender and you're tired"), un questionnement profond et pertinent. Ce réalisme séduira sans doute bien des opposants à la superficialité environnante. (Alex Labaronne).



TRACKLIST :
A1The Everlasting6:09
A2If You Tolerate This Your Children Will Be Next4:51
A3You Stole The Sun From My Heart4:20
A4Ready For Drowning4:32
A5Tsunami3:51
A6My Little Empire4:09
A7I'm Not Working5:51
B1You're Tender And You're Tired4:37
B2Born A Girl4:12
B3Be Natural5:12
B4Black Dog On My Shoulder4:48
B5Nobody Loved You4:44
B6S.Y.M.M.5:47


Chicago Transit Authority - Chicago I



CHICAGO TRANSIT AUTHORITHY - CHICAGO I (1969)
CBS - S 66221 - (PRESSAGE FRANCAIS)

Groupe de jazz-rock fondé en 1967 à Chicago, Chicago s'appelait, au moment de la sortie de ce premier album (en 1969), Chicago Transit Authority . Après la sortie de l'album, la compagnie de transports publics de Chicago (la Chicago Transit Authority) leur demandera expressément de changer de nom pour ne pas leur nuire (paranos, ces mecs...). Chicago Transit Authority raccourcira ainsi son nom en Chicago (la ville ne les emmerdera pas pour ça). Leur premier album, double (ce qui, pour un premier album, est très peu courant), est éponyme, et porte donc, pour l'éternité des siècles-amen, le nom de Chicago Transit Authority . Tous les albums du groupe portent des numéros, exception faite du douzième, Hot Streets(1978). Leur deuxième album s'appellera tout simplementChicago, rapport à leur changement de nom. Ca paraît compliqué, tout ça ? Vous ne savez pas à quel point le groupe n'a pas recherché la facilité au début de leur carrière !

En effet, si leur premier album, que j'aborde actuellement, est double, c'est aussi le cas de leur deuxième album et de leur troisième (Chicago III). Trois double-albums studio à la suite (tous tiennent sur un seul CD), voilà de quoi en faire un groupe aussi créatif qu'un peu prétentiard, pas vrai ? Et si je vous dit que leur quatrième album, qui est live (au Carnegie Hall, attention) est... quadruple (triple CD + un CD de bonus, donc toujours quadruple) ! Hallucinant ! Ca, plus le fait que le groupe contenait sept membres, un vrai big band : Terry Kath (guitare, chant), Peter Cetera (basse, chant), Robert Lamm (piano, chant), Danny Seraphine (batterie), Lee Loughane (trompette, chant), Walter Parazaider (saxophone, chant) et James Pankow (trombone). Jimi Hendrix en personne dira de Terry Kath (mort par roulette russe en 1978) qu'il était meilleur guitariste que lui.

Chicago Transit Authority est un modèle de jazz-rock. Je ne parle pas de rock légèrement jazzy et le plus souvent très pop, non, mais de vrai jazz-rock. Si Chicago possède en son sein trois cuivristes, ce n'est pas pour faire de la figuration visuelle sur scène. A partir de 1975, le groupe dérivera dans la pop racée et jazzy, mais en attendant, c'est du pur, du vrai jazz-rock, et on le sent dès la grandiose « Introduction » chantée par Kath. Changements de rythmes, soli divers, longueur imposante (l'album aligne 12 titres pour 76 minutes, trois par face vinyle), pas de doute : Chicago aurait facilement pu être un groupe de rock progressif si la touche jazz n'avait pas été là.

Alors on trouve des classiques, de vrais tubes, sur ce disque qui entrera dans les charts avec fanfare et restera (tout comme les deux suivants) N°1 pendant des mois : « Does Anybody Really Know What Time It Is ? », de Lamm, avec son intro informelle au piano, est une pure féérie pop. De même que la sensationnelle reprise du « I'm A Man » du Spencer Davis Group. Ou ce « Questions 67 And 68 » lui aussi trépidant et jazzy, cuivres en tête, chant magistral de Lamm et Cetera.  « Listen » est aussi dans la veine un peu pop, tandis que « Beginnings » et « South California Purples », de par leurs longueurs, prennent le temps de s'installer.

Mais Chicago Transit Authority, c'est aussi de l'expérimentation. « Poem 58 » offre un solo de guitare époustouflant de Kath, tandis que son « Free Form Guitar » offre presque 7 minutes d'expérimentations noise qui auraient très bien pu servir de modèle à Lou Reed pour son Metal Machine Music (j'exagère un peu, mais « Free Form Guitar » est vraiment expérimental et tout sauf commercial). Quant à la dernière face, elle démarre par deux titres joués live le 29 août 1968 (un « Prologue » court et engagé politiquement parlant - niveau politique intérieure, Chicago s'engagera fortement contre Nixon, en faisant même une chansons spécialement contre lui en 1971 sur leur quadruple live - et un « Someday » très bon) avant de passer à une jam de presque un quart d'heure (« Liberation »), purement magnifique et trippante. Manière étonnante d'achever un album qui ne l'est pas moins, loin de là.

Dès l'année suivante, raccourci à Chicago, le groupe sortira Chicago (II), qui montrera un radical changement d'optique musical : toujours aussi jazz, mais des morceaux plus courts, 23 en tout, et plusieurs 'suites' musicales. Là aussi, on ne peut pas ignorer le fait qu'en dépit de leur musique très jazz, Chicago a tout ou presque du groupe de rock progressif ! Ce premier album est immense, inoubliable, et tels sont aussi les trois suivants (j'inclus le live).

(Clash Doherty).



TRACKLIST :

A1Introduction6:35
A2Does Anybody Really Know What Time It Is?4:33
A3Beginnings7:58
B1Questions 67 And 685:04
B2Listen3:22
B3Poem8:37
C1Free Form Guitar6:53
C2South California Purples6:10
C3I'm A Man7:40
D1Prologue, August 29, 19680:57
D2Someday (August 29, 1968)4:13
D3Liberation15:41








dimanche 18 août 2013

George Michael - Faith




GEORGE MICHAEL - FAITH (1987)
Epic - EPC 460000 1 (Hollande)

L'idole des jeunes filles prépubères livre un album ambitieux et varié: le funk princier de I Want Your Sex ou de Monkey (Michael devient le premier artiste blanc à terminer en tête des charts R'n'B), la ballade One More Try, le crooning de Kissing A Fool, le riff rock à la Bo Diddley de Faith... Il s'agit ici de combiner la prétention artistique avec l'irrésistible besoin de séduire: George Michael a beau avoir grandi en écoutant Joy Division, c'est l'efficacité pop de The Human League qui le fascine...


Surtout, les bluettes ados ont laissé place à des sujets plus consistants. Monkey évoque la drogue, Look At Your Hands parle des violences conjugales, tandis que Hand To Mouth ne laisse aucun doute sur l'aversion de son auteur pour la politique conservatrice de Margaret Thatcher. Jugé trop osé, I Want Your Sex sera quant à lui banni des heures de grande écoute par la prude BBC (même si dans ces années sida, le clip se termine par le slogan: "explore monogamy")...

George Michael ne sortira pas tout à fait indemne de l'aventure ("pendant un an, j'ai porté des lunettes noires, de peur d'affronter le regard des gens"). Mais il aura réussi une figure délicate: celle qui consiste à passer du rôle de leader de boys band au statut de pop star adulte. Robbie Williams et Justin Timberlake peuvent encore lui dire merci...   (Laurent Hoebrechts).


TRACKLIST :


A1  Faith                                                                            
A2  Father Figure                                                                    
A3  I Want Your Sex (Parts 1 & 2)                                         
A3 1 Rhythm 1 Lust

A3  2 Rhythm 2 Brass In Love
A4  One More Try                                                                    

B1  Hard Day                                                                            

B2  Hand To Mouth                                                             
B3  Look At Your Hands                                                          
B4  Monkey                                                                            
B5  Kissing A Fool                                                               







Roger Hodgson - Hai Hai



ROGER HODGSON - HAI HAI (1987)
AM Records - 395 112-1

Après son départ de Supertramp, Roger Hodgson n’avait mis qu'un an à sortir In The Eye Of The Storm, un album remarqué par les fans et salué comme le gardien de l’esprit du groupe. Après ce coup d’éclat, Roger attendra trois années avant de faire paraître Hai Hai, et l’impatience est grande pour savoir quelle sera la direction prise par celui qui reste l'un des leaders d'un groupe emblématique.

Sur la couverture, un portrait de l’artiste, pour la première fois, comme pour signifier que l’opus sera plus personnel. Pourtant, le line-up, à la différence de In The Eye Of The Storm où Roger faisait tout, tout seul, est ici très fourni, avec des noms prestigieux comme Lenny Castro aux percussions, ou quatre des membres de Toto (Jeff et Steve Porcaro, David Paich et Leland Sklar), ainsi qu'un certain Joseph Pomfret sur certaines sections de batterie - en fait Roger himself sous un surnom. Les titres sont courts, et le style quitte l’orientation para-progressive dont Roger avait su faire montre aussi bien dans Supertramp que dans son premier album : ici, le ton est résolument pop, beaucoup plus formaté et nettement moins expérimental dans la composition. Les arrangements se rapprochent de ce que l’on entend vers la même époque avec des groupes comme Barclay James Harvest (les claviers de Puppet Dance), Toto (Hai Hai) ... ou Téléphone (My Magazine) !

La rupture de style n’est pas totale : pour l’anecdote, Land Ho a été co-écrit avec Rick Davies et initialement prévu pour être inséré dans Crisis ? What Crisis ?. D’autres titres rappellent fortement la dernière façon de Supertramp : London a un gros air du morceau Breakfast In America, Puppet Dance baigne dans la même atmosphère que Famous Last Words....

Et pourtant, la sauce a du mal à prendre : le savoir-faire est présent, les arrangements et la production sont tout à fait corrects, mais tout cela paraît trop commun, assez convenu, passablement formaté, en un mot trop commercial.House On The Corner est un titre quelconque, démonstratif de ce rabotage de qualité, sans parler du très médiocre Land Ho qui aurait pu rester dans les oubliettes. Surnagent quelques jolies mélodies, plutôt dans le registre mélancolique : Puppet Dance, Desert Love ou London. C’est peu, et l’album apparaîtra aux yeux des fans comme un noyade dans l’océan des productions anonymes.

L’accueil plus que frais réservé à l’album, et un grave accident (double fracture des poignets) va éloigner Roger Hogdson des studios et des scènes pendant de longues années; il reviendra en 1997 avec un bel album live, proposant à la fois d’anciens titres (y compris certains de Supertramp) et des créations. Roger nous devait bien cette revanche ! (Abaddon - Music Waves).


TRACKLIST :

A1Right Place4:05
A2My Magazine4:39
A3London4:11
A4You Make Me Love You5:08
A5Hai Hai5:28
B1Who's Afraid ?4:57
B2Desert Love5:26
B3Land Ho4:06
B4House On The Corner5:21
B5Puppet Dance5:16






mercredi 7 août 2013

Manic Street Preachers - Forever Delayed




MANIC STREET PREACHERS - FOREVER DELAYED (2002)
MUSIC ON VINYL - MOVLP221 (UK)

“All we want from you/are the kicks you’ve given us”, chantait James Dean Bradfield en 1992 sur l’incontournable Motorcycle Emptiness, toujours aussi élégant aujourd’hui. Il n’est rien de dire qu’à ce titre, les Manic Street Preachers auront plutôt été gâtés par ce beau pays qu’est la France. Au mieux, ignorés, au pire, méprisés, les Gallois n’auront recueilli ici que quolibets et autres sobriquets. Ce qui en dit long sur les qualités auditives parfois atterrantes de ce pays. Après six albums, plus de vingt singles et une disparition mystérieuse (celle du guitariste et parolier Richey Evans, en 1995), il était temps pour les trois survivants de faire le point sur ce parcours semé d’embûches, sur une carrière troublante, que seule la Grande-Bretagne a eu l’intelligence d’adouber. Pourtant, ces types-là savent peu ou prou tout faire. Il y a dix ans, ils étaient parmi les seuls, quand d’aucuns enterraient le rock avec pertes et fracas, à signer des morceaux punk coléreux en forme de manifestes (You Love Us ou Motown Junk), que les Strokes et autres Libertines n’écriront sans doute jamais. Mais, c’est surtout l’évidence mélodique et l’intelligence des arrangements d’une formation en perpétuelle (r)évolution musicale qui frappent à la lumière de ce Forever Delayed. Entre hargne contenue (l’imparable Kevin Carter) et hommage à peine dissimulé aux Ronettes (Everything Must Go), entre excursions synthétiques (If You Tolerate This…, avant le revival eighties) et reprise décalée (Suicide Is Painless (Theme From MASH)), cette compilation non exhaustive et forte de deux inédits – mention spéciale pour l’hypnotique There By The Grace Of God – ne changera certainement rien au statut du trio dans l’Hexagone, malgré les présences du luxuriant So Why So Sad ou du fédérateur A Design For Life, deux cas d’école pop classieuse. Ce n’est pas grave, après tout : ça fait du bien de rester entre amis parfois. (Christophe Bastera).



TRACKLIST:

A1A Design For Life
A2Motorcycle Emptiness
A3If You Tolerate This Your Children Will Be Next
A4La Tristesse Durera (Scream To A Sigh)
B1There By The Grace Of God
B2You Love Us
B3Australia
B4You Stole The Sun From My Heart
B5Kevin Carter
B6Tsunami
C1The Masses Against The Classes
C2From Despair To Where
C3Door To The River
C4Everything Must Go
C5Faster
D1Little Baby Nothing
D2Suicide Is Painless (Theme From Mash)
D3So Why So Sad
D4The Everlasting
D5Motown Junk