jeudi 23 mars 2017

Rush - Roll The Bones



RUSH - Roll The Bones
Anthem Records -  R1 83737 - Reissue, Remastered, 200 Gram - 2015


Avez-vous aimé Presto ? Si oui, vous devriez aimer son petit frère Roll the Bones, sinon donnez une chance à celui-ci qui est sensiblement meilleur. Oui, chose rare chez Rush, ces deux albums sont frères. Ils partagent un même style, un hard rock doux mais brillant, utilisant des sons électroniques pour séduire l'auditeur, mais bien moins que dans leur troisième époque. Ils ont également été tous deux produits par Rupert Hine, de façon très semblable, et partagent donc une même pâte sonore.

Il y a pourtant une différence au niveau de la composition. Le problème de Presto est subtil : ses mélodies sont bien écrites mais ne collent pas vraiment avec les arrangements et la production. Ayant retenu la leçon, Lee et Lifeson ont composé cette fois des chansons plus évidentes peut-être, mais parfaitement adaptées au style. Ce caractère plus direct de la musique est d'ailleurs un retour à la vraie marque de fabrique de ce groupe si bien nommé. Ainsi, l'ouverture «Dreamline» est la chanson la plus brillante, la plus intègre qu'ils aient proposée depuis «Distant Early Warning» neuf ans auparavant, d'autres comme «Bravado», «Face up» ou «The Big Wheel» sont bluffantes.

Du point de vue du thème des paroles également, les deux albums sont proches. Presto parlait de magie et de maquillage, Roll the Bones parle du jeu et du hasard, les deux utilisant ces thèmes comme moyen pour de nombreuses métaphores psychologiques et sociologiques. Ainsi le titre de l'album se rapporte évidemment aux dés, comme en atteste d'ailleurs la pochette, toujours due au fidèle Hugh Syme. «Face up» se rapporte aux cartes, «The Big Wheel» à la roulette, «You Bet Your Life» à la roulette russe, sans parler de «Dreamline» où l’on suit un couple en voiture se rendant à Las Vegas. Il y a une histoire plus ou moins suivie, mais aussi vague que d'habitude. En tout cas, Neil Peart s'en donne à cœur joie et livre ici un de ses meilleurs jeux de textes. Comme morceaux choisis, citons «We will pay the price but we will not count the cost» dans «Bravado» ou «I was lined up for glory but the tickets sold out in advance» dans «The Big Wheel». Ceux qui connaissent l'anglais devraient prendre le temps de lire tout cela, ces paroles sont vraiment remarquables.

La musique a déjà été évoquée plus haut, mais soyons un peu plus précis. Rien de neuf dans le jeu des trois musiciens, dont la qualité d'interprétation est excellente depuis leurs débuts. Les chansons, donc, sont à tout le moins plus accrocheuses que sur leurs opus précédents, et à mon avis plus inspirées. Enfin, au moins certaines d'entre elles. C'est le problème de Roll the Bones, mis en évidence par bien des critiques : la qualité n'est pas constante, surtout dans la seconde partie. La différence entre les amateurs et les détracteurs de l'album est la taille des deux tas. Toutes les chansons sont intéressantes, mais on peut dire que l'instrumental «Where's My Thing?» est anecdotique, «Heresy» détonne un peu (elle parle de la fin du bloc de l'Est et semble être l'épilogue de Grace Under Pressure), et «Neurotica» est un peu faible. La chanson-titre, un peu funky, pose également problème, surtout à cause de cet étrange rap. S'essayer au rap était une mode dans les années 90, et même Rush s'est prêté à cet exercice. Notons que c'est Geddy Lee lui-même qui interprète ce passage, mais sa voix a été abaissée à la production. Le résultat est cocasse et c'est sans doute l'effet escompté, ce rap n'est pas vraiment sérieux et son texte est également amusant.

Le reste est du Rush d'anthologie. «Dreamline» est d'une intensité fantastique (ce n'est peut-être pas la meilleure chanson de Rush mais c'est ma préférée), elle s'enchaîne à merveille avec la mélancolique «Bravado». «Face up» est un numéro survolté dépassant sans peine «Superconductor», «The Big Wheel» est d'un romantisme affolant et «Ghost of a Chance» d'un dramatisme majestueux. Reste «You Bet Your Life» dont le corps est une réponse habile et très rythmique à «Dreamline», mais il faut bien avouer qu'elle s'enlise un rien sur la fin. L'un dans l'autre, le remplissage n'étant pas pire que sur Presto ou Hold Your Fire, au contraire, Roll the Bones n'est pas un album parfait mais il est un des plus agréables du groupe et s'écoute en entier avec une certaine délectation. (Arp2600 - Forces Parallèles).



TRACKLIST:

A1       Dreamline    
A2       Bravado        
A3       Roll The Bones      
A4       Face Up       
A5       Where's My Thing? (Part IV, "Gangster Of Boats" Trilogy)    
B1       The Big Wheel        
B2       Heresy          
B3       Ghost Of A Chance           
B4       Neurotica     
B5       You Bet Your Life








The Smiths - Meat Is Murder



THE SMITHS - MEAT IS MURDER
Rhino Records -  2564665878 - Vinyl Reissue Remastered (2012)



Attention cette chronique va parler d'amour, d'éducation, de musique... et de viande.

Car le bœuf, comme on nous le répète souvent, c'est le goût d'être ensemble, tout comme l'amour de la musique qui nous lie tous, peu importe notre éducation.

C'est dans cet état d'esprit que nous allons chroniquer maintenant un album sorti en 1985 (oui Marty ! En 1985 !). Meat Is Murder, un manifeste pour la différence autant que l'individualité, et une certaine idée du végétarisme (ou du végétalisme, il y a tellement de nuances et je ne connais pas le régime exact du Morrissey). Je n'aime pas trop utiliser le "je" dans les chroniques, mais pour celle-ci (comme peut être pour d'autres), cela me paraît inévitable. En effet, j'ai toujours ressenti une certaine culpabilité quand se termine "Meat Is Murder" (le titre final) : que ce soit manger un steak tartare chez les prout-prout de la Brasserie Lipp ou dans une bonne adresse bordelaise, ou contraint d'avaler un steak eco+ quand les fins (ou débuts) de mois sont difficiles (justement si j'ai mangé un steak tartare chez Lipp), j'aime la viande. Et j'aime The Smiths. Il m'est autant difficile d'en laisser un pour l'autre. Ne suis-je donc pas un vrai fan des Smiths ?

Que de questions ! Mais passons à la musique. Nous avons là un classique, évidemment. Rien que l'intro de "The Headmaster Ritual" montre que les anglais (en général, mais en particulier les Smiths) sont les maîtres de la mélodie pop, claire, évidente. Un français ou un américain pourra toujours essayer, ce ne sera la même chose (attention, il y a des talents partout). Bref, c'est un morceau qui démarre très fort et qui est par la suite emporté par les arpèges magnifiques du Dieu Johnny Marr, habillant légèrement malgré ses multiples couches, les textes durs de Morrissey. Et puis les deux autres, parlons-en des deux autres : Andy Rourke (basse) et Mike Joyce (batterie ; et non pas Mickey Rourke et Andy Joyce). Leur travail est exemplaire sur ce disque. Les lignes de basse sont précises autant que nerveuses, et les parties de batterie sont toujours justes. Dommage que le temps et les deux autres les aient effacés ces gars-là (je n'ai pas leur poster dans ma chambre non plus, mais l'efficacité des Smiths leur doit beaucoup). Ce premier morceau est une belle entrée avant le plat de résistance, où les parties et les morceaux les plus nobles sont découpés avec amour (imaginez votre boucher favori découper un bien beau morceau de charolais). Les Smiths accrochent sur leurs esses 10 morceaux tous indispensables et goûteux (sauf peut-être "How Soon Is Now ?", un peu trop copieux, trop long quoi...). Les quatre morceaux du début rentrent dans le lard comme un bovin énervé (la crise du début des années 80, le Thatchérisme, la musique de merde... pourquoi n'avons-nous pas eu un disque français digne de ça pendant les années Sarko ?), Morrissey s'en prend à l'éducation, à la politique, se révolte contre son propre désespoir en envoyant tout le monde paître ailleurs. Les textes ("What She Said", par exemple) montrent des tranches de vie dégoulinantes d'amertume et de pessimisme. Si Morrissey auparavant tentait de sublimer le réel, il est plus direct ici et est bien décidé à chasser le gras. "That Joke Isn't Funny Anymore" clôt de manière plus douce cette première face (dans le tempo seulement) mais on reste bel et bien là dans l'enclos d'une génération désenchantée (ça y est ma référence pourrie est placée).

La deuxième face débute par "How Soon Is Now ?", découvert par des hordes d'adolescentes grâce à la série Charmed et qui ne seront jamais allées plus loin ( ah, si, il y a bien eu une reprise du duo electro pop ado lesbien russe TATU, poduit par Trevor Horn !). Le texte peut être autant interprété comme une revendication homosexuelle de Morrissey qu'un hymne à tous les laissés pour compte de l'amour. Ce n'est que personnel mais c'est le seul morceau un peu too much du disque. "Nowhere Fast" remet les pendules à l'heure et fonce à l'allure d'un train qui défile trop vite pour les moutons et les bœufs qui broutent paisiblement dans la lande. Toujours mélodieux, désespéré et adolescent, un excellent morceau suivi par deux autres tout aussi majestueux et qui correspondent pour moi au temps fort du disque. Sur "Well I Wonder", on imagine une cité portuaire anglaise battue par la pluie et minée par la grisaille. Les notes qui finissent ce titre sont magiques, une des plus belles expressions de la mélancolie. "Barbarism Begins At Home" est une tuerie, mon morceau préféré des Smiths et au-delà, avec son rythme disco, ses guitares hâchées, ses motifs ultra mélodiques et cette voix de Morrissey qui part complètement en roue libre, avec un texte sur l'éducation (à la maison cette fois-ci, tandis que Morrissey s'attaquait à l'école dans le morceau d'ouverture) qui ferait réfléchir toute une génération de parents et de professeurs.

Arrive enfin le morceau polémique pour moi, "Meat Is Murder". Quand on est "Meat Is Butcher" ou "Meat Is Burger", ça devient compliqué. Pourtant, une partie de moi souhaiterait être végétarienne (je ne vais pas raconter ma vie car tout le monde s'en bat les steaks)... "This beautiful creature must die" se plaint la reine de Manchester. On imagine facilement un bœuf avec des yeux mignons implorant pitié. La culpabilité vous ronge (en tous cas le texte y aide). Les bruits d'abattoir renforcent cette impression que la vache qui rit ne va plus le faire très longtemps... Les chœurs trafiqués augmentent cette sensation de malaise. OK, mais quand je me retrouve face à un steak de soja, ou un truc supposé être bon pour le corps mais qui ne l'est pas quand vous le mangez, mon désespoir est le même que décrit dans ce morceau. (Ne vous inquiétez pas, je mange des fruits et des légumes aussi, et la viande ne constitue pas ma seule nourriture).

Au final, Morrissey tourne le dos (tournedos, ah, ah, ah...) à l'étiquette bien pensante anglaise, fait la nique aux préjugés, et les Smiths nous délivrent un album essentiel, tant de son époque que dans le rock indie en général. Nerveux, fort et sublime, un indispensable. (Machete83 - Xsilence.net).



TRACKLIST:


A1       The Headmaster Ritual     
A2       Rusholme Ruffians           
A3       I Want The One I Can't Have       
A4       What She Said       
A5       That Joke Isn't Funny Anymore  
B1       Nowhere Fast         
B2       Well I Wonder         
B3       Barbarism Begins At Home         
B4       Meat Is Murder











lundi 20 mars 2017

Linea Aspera - Linea Aspera



Linea Aspera ‎– Linea Aspera

Dark Entries - DE-031 - U.S.A. (2012)


Le duo londonien Linea Aspera, nonobstant sa jeunesse semble avoir digéré et intégré toute la substance des musiques wave-electroniques 80's. Froideur, ambiances répétitives et cinglantes, chant altier, lignes synthétiques grisantes et griffantes. Ultra mélodique et instantanément entêtant, ce premier album éponyme incarne à merveille cette nostalgie par procuration d'une nouvelle génération visitant une époque lointaine, celle des débuts de la synth-pop, le résultat est une vision stylisée mais habitée et sensible. Tout au long du disque s'invitent des échos à Anne Clark, aux pionniers d'un synthétique froid et pop, tel un Visage issu de l'underground. S'il est typique de notre temps (dés)axé sur le goût du rétro (pour reprendre le concept cher à Simon Reynolds), Linea Aspera offre un disque sobre, sans paillettes ni effets kitsch, un pur objet gris et ombré magnifiquement édité par le label Dark Entries. NB : une édition CD est disponible sur label allemand Genetic Records. (Soma - Asso Trinity).



TRACKLIST:

A1. Synapse

A2. Eviction
A3. Preservation Bias
A4. Fer-De-Lance

B1. Malarone
B2. Hinterland
B3. Lamanai
B4. Reunion








Led Zeppelin - Presence



LED ZEPPELIN - Presence
Atlantic ‎- 8122795574 - Reissue, Remastered - Deluxe Edition, 180 Gram Triple Gatefold

Eh non, après Physical Graffiti, Led Zeppelin n'a pas tout dit. En 1976, le rock a beaucoup évolué. De nombreux groupes de hard rock ont entamé leur carrière, offrant autant d'alternatives au style initial, et voilà-t-y pas que le punk commence à exploser. Dur de tenir sa place en offrant une nouvelle variation de blues rock musclé. C'est ce qui explique sans doute un certain scepticisme régnant autour de Presence. C'est à croire que certains veulent voir en ce septième album une contre-performance pour pouvoir justifier la mutation en cours dans le rock. En fait, il n'y a guère de différence de style ni de qualité avec les trois précédents... les chansons sont fort bien composées et les quatre indéboulonnables musiciens jouent toujours avec autant de classe. D'ailleurs, le succès commercial a été au rendez-vous : il ne faudrait pas oublier que Presence s'est classé à l'aise à la tête des charts aussi bien aux États-Unis qu'au Royaume-Uni. On me dira que le groupe a simplement capitalisé sur son nom, mais bon, une daube intégrale n'aurait pas obtenu ce résultat, j'en suis persuadé. Plus subtilement, Presence avait dû plaire vu que le public a gardé confiance et a acheté le suivant, In through the out door, pourtant moyen. Enfin bref, il serait insensé et ridicule de ne pas le connaître si on s'intéresse à Led Zeppelin.

J'aimerais parler un peu de l'emballage du disque. Le CD reproduit avec le même agencement les images du vinyle, on peut donc avoir l'idée avec les deux versions. Il semble que Led Zeppelin ait toujours aimé s'amuser avec ses pochettes et ses titres. Ici, on a droit à dix photos similaires à des images américaines idylliques des années 50-60, avec des personnages souriants et bien coiffés, sauf que sur chaque photo apparaît un étrange objet noir, illustrant la « présence » en question. Et pourtant, rien dans la musique ni les paroles ne semble traiter d'un sujet récurrent. Donc, juste de l'humour sans doute, rien de plus à comprendre qu'avec la couverture minimaliste du quatrième, les sirènes kitsch de Houses of the Holy ou le mur de Physical Graffiti. De la dérision dirais-je même, les sourires des photos et les cadres blancs étant à l'opposé du moral du groupe, qui était plutôt dans les chaussettes, Robert Plant ayant eu un grave accident peu avant les enregistrements. Ça ne les a pas empêché de jouer et de chanter avec l'énergie du désespoir. Enfin, pour en revenir aux avis mitigés sur l'album, je me demande si ces étranges images surannées ne l'ont pas un peu desservi.

Rien de désuet dans la musique en tout cas, on a droit à quatre longues chansons intraitables « à la Physical Graffiti » et à trois morceaux de remplissage pas trop mauvais, plutôt bondissants en fait. La plage la plus ambitieuse ici est sans conteste « Achilles Last Stand ». On a l'impression d'entendre une forêt de guitares – c'est en fait le cas, une douzaine de pistes jouées par Page ayant été superposées. Cela donne un son un peu sale, assez original chez Led Zeppelin, et qui renforce le caractère tragique de la chanson. A part ça, le rythme est rapide et compliqué, basse et batterie offrant également une belle densité. On peut trouver les dix minutes un peu excessives, mais la seule puissance me semble suffire à aller jusqu'au bout sans s'ennuyer.

« For your Life » est à l'opposé : minimaliste avec un riff appuyé qui rappelle ceux de « The ocean » ou « Custard Pie » par exemple, bref du pur Led Zep. Le troisième gros morceau, mon passage préféré, est « Nobody's fault but mine ». Encore une chanson très axée sur son riff – on ne se refait pas – mais avec de belles ruptures rythmiques et un chant un peu contemplatif. Pas grand chose à envier aux meilleurs moments de Physical Graffiti, on est vraiment dans le même ordre d'idées. Je n'ai rien à redire non plus à « Tea for One », la longue conclusion de l'album. Le blues-rock lent n'est pas ce qu'il y a de plus fréquent chez Led Zeppelin, mais ils montrent ici qu'ils s'y entendent très bien – l'autre grand exemple étant bien sûr « Since I've been loving you », dans le III. Cette ballade dépouillée est assez fascinante quand on fait l'effort de s'y plonger. Une très belle expression de la solitude, vraiment.

J'ai laissé pour la fin les trois bouche-trous, dont il faut souligner qu'ils ne représentent pas plus qu'un bon quart de l'album. Je n'aime pas trop le nerveux « Royal Orleans ». J'ai l'impression qu'ils s'y répètent plus sur ces trois minutes que sur les dix minutes des deux plus longues chansons. Je suis beaucoup plus favorable à « Candy Store Rock », qui me rappelle la sensualité de Blue Öyster Cult, et c'est un compliment de ma part. « Hots on for nowhere » est un peu plate mais ça passe.

Au risque de me répéter, Presence me donne l'impression d'être un genre de troisième disque de Physical Graffiti. Il n'est moins important que son prédécesseur que parce qu'il est deux fois plus court et qu'il est un peu réchauffé. Mais il ne faut pas bouder son plaisir, sa qualité incontestable bien que contestée et son raffinement en font, à mon avis, le dernier grand album de Led Zeppelin. (ARP2600 - FP).


TRACKLIST:

A1. Achilles Last Stand
A2. For Your Life
A3. Royal Orleans

B1. Nobodys Fault But Mine
B2. Candy Store Rock
B3. Hots On For Nowhere
B4. Tea For One

C1. Two Ones Are Won (Achilles Last Stand)
C2. For Your Life (Reference Mix)

D1. 10 Ribs & All/Carrot Pod Pod (Pod) (Reference Mix)
D2. Royal Orleans (Reference Mix)

D3. Hots On For No One (Reference Mix)






dimanche 19 mars 2017

Ultravox - Lament



ULTRAVOX - Lament
Chrysalis ‎- 206 175 - Europe - 1984





Ce disque est un petit miracle, il faut bien le dire. Ayant mis fin à sa collaboration avec George Martin, le groupe a assumé lui-même la production et on peut dire qu'il n'y a pas perdu au change. Conny Plank pouvait être fier d'eux, et est d'ailleurs revenu les aider pour l'album suivant. En effet, la qualité qui frappe le plus à l'écoute de Lament est la beauté pure du son qui opère une séduction bien plus durable que la simple platitude de Quartet. Plus que jamais peut-être, les synthétiseurs tissent un canevas dynamique tandis que les quelques passages de guitare sont délicieusement tranchants. Il est évident que cette recette plus noble est aussi efficace commercialement, surtout au vu du succès du single «Dancing with tears in my eyes», qui reste leur plus grand tube.

Bien sûr, la qualité du son n'est pas un argument suffisant, mais il se fait que la composition musicale est à l'avenant. Lament est un festival de bonnes idées, il ne comprend que huit plages mais aucune n'est inutile. Même le tube cité plus haut est de l'Ultravox grand style, ce redressement est vraiment des plus spectaculaires, on est à des années-lumière du crétinisme d'un «Hymn». Tout le monde qui se serait frotté au répertoire des années 80 doit avoir entendu cette chanson, elle est vraiment très connue, on serait tenté de dire que celle-là au moins est un vrai hymne. Un exemple de romantisme moderne, avec un sujet des plus sinistres : les dernières heures d'un couple avant une catastrophe nucléaire annoncée, ce que la vidéo associée fait comprendre explicitement.

Les autres chansons ne sont pas en reste. «White China» est un exemple-type d'électropop, où on reconnaît de l’échantillonnage. Certains penseront que ces sons ont mal vieilli mais peut-on vraiment nier que la mélodie est à tomber ? A l'opposé, «One small day» est un rock à rapprocher de U2, très incisif. La ballade «Lament» pourra surprendre quelque peu, un titre à la fois lent et rythmé, très romantique et original, elle représente une de ces évolutions possibles de la new wave qui se confirmeront dans les années suivantes. La deuxième face est peut-être moins marquante au premier abord, mais il s'y trouve également des perles. «Man of two worlds», à tendance celtique, et «When the time comes» sont du remplissage de haut vol, tandis que «Heart of the country» est une superbe chanson au son très «électro allemande», à rapprocher du Depeche Mode de la même époque. Et puis, il y a ce final immaculé, «A friend I call desire», un dernier exemple simple et éclatant de leur pureté stylistique.

Lament n'est pas forcément l'album le plus encensé par la critique, car la beauté est souvent considérée comme suspecte. En vérité, ce disque est une des plus belles réalisations pop rock que je connaisse, un autre sommet de la new wave à mettre à l'actif d'Ultravox. Même en connaissant la sauvagerie punk visionnaire d'Ha!-Ha!-Ha! et le classicisme de Vienna et Rage in Eden, je peux d'ailleurs difficilement m'empêcher de considérer le stylé Lament comme le véritable aboutissement de leur somptueuse carrière.




TRACKLIST:

A1. White China
A2. One Small Day
A3. Dancing With Tears In My Eyes
A4. Lament
B1. Man Of Two Worlds
B2. Heart Of The Country
B3. When The Time Comes
B4. A Friend I Call Desire





Francis Cabrel - Hors Saison



Francis CABREL - Hors Saison
Columbia ‎- 886975784417 - 2009


Mon premier contact avec CABREL fut, je me rappelle, assez peu satisfaisant. Octobre 1999, CABREL passe à Limoges dans un Palais des Sports à l’acoustique ignoble pour promouvoir son nouvel album, Hors Saison. Un peu distant, assurant le minimum syndical, et finalement peu divertissant ; je n’avais, du haut de mes 15 ans, pas vraiment apprécié le spectacle. ‘Ce mec-là est hautain et se la pète’, avais-je alors tristement confié à ma mère, sur qui le charme avait en revanche totalement opéré. Mais que peut-on être bête lorsque l’on est ado ! CABREL n’était pas distant, n’était pas hautain. Il transmettait sa musique dans sa forme la plus pure, dénuée de tout artifice superficiel, réalisai-je quelques temps plus tard à l’écoute de cet album. Lorsque CABREL chante, il n’y a rien à rajouter. Il n’y a qu’à écouter et savourer. Et alors que d’autres artistes passent leur temps à expliquer le sens de leurs paroles, celles de CABREL coulent de source.

Samedi soir sur la Terre voyait notre bon Francis s’asseoir sur le rebord du monde et contempler, critiquer, observer celui-ci, tel un griot omniscient. Hors Saison voit CABREL se jeter à corps perdu dans ce monde, parmi ses gens et son histoire. CABREL ne se fait plus observateur externe mais narrateur impliqué. Ainsi, le ton se fait plus solennel, plus dur, mais également plus efficace. Dès "Le monde est sourd", titre blues-folk offert en guise d’introduction, CABREL déplore le travail des enfants, les magouilles politiciennes, l’égoïsme rampant des êtres humains. Plus réflexion philosophique que critique facile, ce titre plante le décor. Et il n’est pas vraiment rose. 
Cet habillage blues-folk, CABREL l'adjoint encore à quelques morceaux, tels que "Rien de nouveau", sublimé par une guitare électrique virevoltante, ou bien "La belle Debbie", somme toute anecdotique.

Le reste de l’album se fait plus intimiste. Succession de ballades folk toutes plus réussies les unes que les autres, Hors Saison voit CABREL traiter de fort belle façon de l’esclavage sur "Cent ans de plus" (une des pépites de cet album), ou encore de la détresse sociale des exclus de nos civilisations dites modernes ("Madame X"). N’hésitant pas à se faire plus léger, CABREL nous offre de belles ballades sur la fusion des corps ("Le reste du temps"), sur l’Amour dont il aime tant parler ("Depuis toujours", adaptation d’un morceau d’OTIS REDDING), ou encore sur la solitude du musicien ("Hell Nep Avenue", à prononcer : "Elle n’est pas venue"). Mais le point d’orgue de cet opus est bien évidemment la ballade éponyme Hors saison. Piano véhiculant un sentiment de profonde tristesse, violons enveloppants, tous les éléments sont ici réunis pour faire de ce morceau une ballade poignante excellemment réussie, qui pourrait être considérée comme une suite logique du morceau Octobre de l’album précédent.

Hors Saison montre un CABREL successivement introspectif et extraverti, alternant contemplations et réflexions, sur des mélodies mélancoliques et éminemment réussies. Une fin de siècle en beauté pour le grand CABREL !



TRACKLIST:

A1. Le Monde Est Sourd
A2. Cent Ans De Plus
A3. Presque Rien
A4. Le Reste Du Temps
A5. Rien De Nouveau
A6. Loin Devant

B1. Depuis Toujours
B2. Comme Eux
B3. Hell Nep Avenue
B4. Hors-Saison
B5. La Belle Debbie
B6. Madame X










samedi 18 mars 2017

The Dandy Warhols - Welcome To The Monkey House




The Dandy Warhols ‎– Welcome To The Monkey House
Capitol Records ‎- 7243 5 82022 1 2 - Europe (2003).


Le quatrième album des Dandy Warhols est sûrement le plus abouti de tous. Plus abouti autant dans le fond que dans la forme. Car si les gars de Portland nous avaient jusqu'ici habitués à d'excellents albums rock, aucun d'entre eux n'avaient une âme aussi palpable que celui-ci. 

L'album est d'une cohérence sans failles, on entre chez les singes par la première piste, et on n'en sort qu'une fois la chaîne éteinte. 

La maison des singes se veut accueillante dès le début, le single très énergique "We Used To Be Friends" et son frère jumeau "Plan A", ouvrent les portes d'une excellente manière. Suit ensuite une petite période de flottement, les nappes de synthés très présentes dans cet album sont moins convaincantes sur un titre comme "Wonderful You", mais il contribue tout de même à l'application de cette ambiance très spéciale que propose l'album. La voix presque étouffée de Courtney Taylor, le synthé très aérien, le rythme lent, ... la maison des singes ressemblerait presque à une maison close des sons, où l'on entre à toute heure de la journée et de la nuit pour se substanter de ces titres très doux, et très recommandables. 
Le meilleur exemple est "You Were The Last High", vrai single en puissance, où la voix invitante de Taylor se mêle à quelques bidouillages electro de haute volée, tout ça dans un rythme lent et régulier. Viens alors l'épique "Heavenly", titre très révélateur du talent de nos dandys favoris, combinant vastes couplets aériens et refrains acharnés. L'album se termine aussi calmement qu'il a débuté, et c'est heureux, limite radieux que l'on quitte cette maison, en sachant très bien que l'on reviendra vite pour entendre ce Welcome To The Monkey House.


TRACKLIST:

A1       Welcome To The Monkey House
A2       We Used To Be Friends
A3       Plan A
A4       The Dope (Wonderful You)         
A5       I Am A Scientist      
A6       I Am Over It  
A7       The Dandy Warhols Love Almost Everyone    
A8       Insincere Because I          
B1       You Were The Last High  
B2       Heavenly     
B3       I Am Sound 
B4       Hit Rock Bottom      

B5       You Come In Burned         









vendredi 17 mars 2017

Linkin Park - Hybrid Theory



Linkin Park ‎– Hybrid Theory
Warner Bros. Records ‎- 9 47755-1 - 
Vinyl, LP, Album, Gatefold - U.S.A. (2001)


Les 5 gars de Linkin Park sortent tout juste de leurs studios, et nous servent cet album, incarnation vivante de la fusion hip-hop/metal/indus. On met sa galette dans le lecteur, et on se rend tout de suite compte que cet album ne peut être qu'excellent : le premier titre, Papercut, plante le décor de façon magistrale : couplets rap sur un fond de guitares lourdes, refrain plus gueulé sur une mélodie très neo, fin style bouquet final au chant clair et aérien... Personnes allergiques au neo metal s'abstenir ! Ici il n'y a ni soli de guitare, ni titres de plus de 3min 30 ! On enchaîne avec le single One step closer, véritable monstre d'efficacité, guitares saturés qui vous met dans la tête une mélodie inoubliable et un rapper qui se fait cette fois presque absent pour laisser le temps au chanteur de faire exploser sa puissante voix : ce titre est un des meilleurs que LP ait jamais fait !

On enchaîne avec le titre With you, plus sombre et plus lourd tant au niveau vocal qu'instrumental, viennent ensuite les titres radicalement chant Crawling et Runaway, tous 2 très différents : Runaway se montre très efficace, une mélodie bien acrocheuse et un chant quasi incessant avec passage très nü metal à grands renforts de chuchotements altérnant aux gueulantes écorchées, le tout soutenu par de grosses guitares bien lourdes ; Crawling est une chanson plus lente, plus monotone, voire presque chiante en fin de compte : elle respecte à tort un plan très carré typique du single, la version demo était infiniment plus intéressante, mais allez savoir pourquoi, ce titre est devenu une référence pour les fans de la première heure et les medias (Gramy Award en 2001 comme meilleure performance metal) mais pour moi c'est bien la seule faiblesse de cet album ...

On en vient à 2 titres radicalement rap-metal : By myself qui prône le calme avant la tempête, où les 2 frontmen se répondent avec agressivité et In the end, beaucoup plus carré, futur single qui marquera les esprits. On continue avec les excellents A place for my head, et Forgotten, vrais chefs d'oeuvre de fusion, ce sont en fait les 2 seuls titres qui rompent vraiment avec le rythme habituel des autres chansons, faisant intervenir tous types de chant ; l'instru Cure for the itch (marrant) et le titre final Pushing me away, qui sent fort la pop metal, viennent mettre un terme à l'ensemble ...
12 pistes pour une durée d'un peu plus d'une demie heure... c'est peu. Mais les titres sont tous tellement efficaces, tellement variés que rien ne peut empêcher un esprit fanatique de les écouter en boucle ...

Hybrid Theory est un fruit de l'inconscience, la finalisation de plusieurs mois de dur travail... Lors de la session d'enregistrement de cet album, les 5 très jeunes membres de Linkin Park, unis comme les doigts de la main, ne pouvaient en aucun cas imaginer, ni même prévoir le monumental succès que remportera leur musique suite à une toute aussi monumentale campagne de publicité menée tambours battants par les medias... Mais quand on signe chez la Warner, ce genre de miracle est parfaitement réalisable.
Cet album est donc tout ce qu'il y a de plus sincère, il n'est pas formaté, a été réalisé honnêtement, et est donc à aborder sans préjugés, chose qu'on ne peut se permettre de faire vis-à-vis d'un Reanimation ou d'un Meteora, ou encore de la scandaleuse arnaque que fut la collaboration de Linkin Park avec le rapper Jay-Z 4 ans plus tard... Hybrid Theory est un produit de la scène underground neo metalleuse californienne, et un très bon produit, ce n'est pas le mini chef d'oeuvre sorti un an auparavant, mais ça reste une valeur sûre. A écouter, donc... (
ALANKAZAME - Metalnightfall).


TRACKLIST:



A1       Papercut      
A2       One Step Closer     
A3       With You      
A4       Points Of Authority
A5       Crawling      
A6       Runaway     
B1       By Myself     
B2       In The End   
B3       A Place For My Head        
B4       Forgotten     
B5       Cure For The Itch
B6       Pushing Me Away







Manic Street Preachers - Send Away The Tigers



Manic Street Preachers ‎– Send Away The Tigers
Sony BMG Music Entertainment ‎- 88697 07563 1 - 2007



Les manic street preachers continuent leur bonhomme de chemin au travers des époques et des modes.

Ce huitième album des gallois comprend de nombreux instants de grâce où on retrouve le talent et l’entièreté qui nous avait fait aimer "Everything must go" et "this is my truth...".
Les violons retrouvent ainsi pour notre joie leur place derrière les guitares et le chant.
Les titres ne sont pas tous de cette outre, mais ça fait grand plaisir de retrouver ce son particulier.


Dans le rayon de ces bons moments on retiendra donc Autumn song, I'm just a patsy, "Indian Summer" (qui rappellera "A design for life" dans ses arpèges et sa construction).

Petit plaisir supplémentaire, on découvre la voix de Nina Persson (des Cardigans) qui vient apporter un supplément de fraîcheur sur le très "Preachien" ; "Your love is not enough". Morceau imparable, single au succès prévisible.L'autre partie des morceaux est plus rageuse, plus rock. On oublie alors les violons sur "Imperial body bags", "Winterlovers" ou sur l'excellent "Rendition". Là encore l'efficacité ne nuit jamais au la lyrisme .Cet album est certainement ce que les Manic street Preachers ont fait de meilleurs ces dernières années, plus direct, moins compliqué et pourtant toujours aussi touchant. Leur musique trouve ici un second souffle.

Une écoute de cet album vous est donc recommandée chers lecteurs! (Fred. de Mes critiques.Be).



TRACKLIST:

A1       Send Away The Tigers
A2       Underdogs
A3       Your Love Alone Is Not Enough
A4       Indian Summer
A5       The Second Great Depression
B1       Rendition
B2       Autumnsong
B3       I'm Just A Patsy
B4       Imperial Bodybags
B5       Winterlovers







jeudi 16 mars 2017

Evanescence - Fallen



Evanescence ‎– Fallen

Wind-Up - 602537402472 - USA - 2013


En 11 titres, j'ai pris une petite claque, quasi-équivalente à celle reçue lors des premières écoutes d' "In a reverie", le premier album de Lacuna Coil. C'est très bien foutu et pour un premier album (note auteur: en fait erreur de ma part c'est leur deuxième), il y a vraiment un très gros potentiel. Alors évidemment, on pourra dire que c'est commercial, c'est du néo-metal.... Mais bon l'important c'est la musique, et les amateurs de Within Temptation ou Lacuna Coil seraient bien avisés de préter une oreille attentive au premier effort d'Evanescence. 

Ils risquent fort de devenir rapidement accro! C'est surtout grâce à ses titres les plus rock qu' Evanescence tire son épingle du jeu: Impossible de résister en effet à "going under" (le titre majeur de l'album), "everybody's fool", "haunted" (dans lequel on trouvera même un solo de guitare, c'est si rare qu'il faut le préciser !!), "Tourniquet" ou "whisper". D'autres titres plus atmosphériques comme "imaginary" possède une force envoûtante gràce à des vocaux inspirés et des parties musicales riches et planantes. 

Par contre, les ballades au piano/violon ("hello", "my immortal") sont un peu trop "quelquonques". C'est dommage dans la mesure où le metal atmosphérique est en général un genre à ballade assez réussies. Bon c'est pas encore trop grave, elles sont écoutables quand même! Reste à examiner le cas du hit "bring me to life", c'est une belle chanson, avec intro au piano et intervention d'un chant rappé sur le refrain qui pourra déranger certains. Une belle carte de visite pour se faire connaitre du plus grand nombre, rapidement adopté sur les ondes radios (faut dire que c'est calibré pour).

Grâce à cet album, un nouvel espoir de la scène Metal Atmosphérique vient de faire une entrée remarquée parmi les valeurs sûres de genre (Lacuna Coil, The Gathering, Within Temptation entre autres), gràce à des mélodies inspirées, une musique riche en instruments et choeurs divers et surtout voit l'éclosion d'une nouvelle diva, Amy Lee. Une sortie majeure de 2003 tout simplement. (Stef - Metal Nightfall).


TRACKLIST:


A1. Going Under
A2. Bring Me To Life
A3. Everybody's Fool
A4. My Immortal
A5. Haunted
A6. Tourniquet

B1. Imaginary
B2. Taking Over Me
B3. Hello
B4. My Last Breath
B5. Whisper




samedi 11 mars 2017

RAMMSTEIN - Liebe Ist Für Alle Da



RAMMSTEIN - Liebe Ist Für Alle Da - 2009
Universal Music Group ‎– 2721463 – 2 × Vinyl, LP, Album, Limited Edition, Gatefold


Accrochez-vous à vos basques, mes amis, car ce "Liebe Ist Für Alle Da" est tout simplement EPOUSTOUFLANT !



Dire que c'est leur meilleur album est délicat... même s'il paraissait difficile de dépasser "Reise Reise" ou encore "Mutter" (passons "Rosenrot" sous silence). Et pourtant ils l'ont fait. Incroyable ! Un tel talent se rencontre rarement, et il a tout de même fallu beaucoup de douleur aux membres du groupe pour accoucher de cette merveille (au lieu de spliter, ce qui constitue quand même un extrême inverse assez fort, comme tout ce qu'ils font d'ailleurs), qui renferme tout ce que l'on aime de Rammstein... et plus encore. Rythmiques martiales, choeurs altiers, murs de guitares (merci R. Kruspe), un son dantesque (dû à Jacob Hellner), des beats technoïdes saupoudrés juste ce qu'il faut de samples ingénieux, et surtout, surtout, SURTOUT : une inspiration folle. Après tant de titres forts écrits au cours de ces années, comment ont-ils pu puiser encore tant de nouveauté, tant... d'inspiration, c'est vraiment le mot ! Je ne sais pas quelle muse les suit, mais elle a la besace bien remplie de poudre de perlimpimpin. Tous les titres sans exception sont des tueries, les uns après les autres. Tous font mouche, qu'ils soient lents ou rapides, drôlatiques (disons plutôt cyniques) ou ténébreux. Till Lindeman nous a encore gratifié de textes somptueux souvent à double sens (pour ceux qui comprennent la langue de Goethe), terriblement acérés et intelligents, un peu à la manière d'un Brian molko (Placebo) encore plus retors.



Vous aurez déjà remarqué que Rammstein a poussé le vice (sans jeu de mot) jusqu'à réaliser un clip carrément porno de "Pussy", qui risque bien de défrayer la chronique... provoc ou art poussé au paroxysme ? En tout cas ils sont bel et bien les 1ers à aller si loin.

On attaque donc les hostilités avec un "Rammlied" fédérateur qui renvoie presque "Mein Herzt brennt" aux oubliettes : le bulldozer est en marche ! Un énorme "Ramm-stein" nous est asséné en choeurs rehaussés d'un riff monstrueux. Ca démarre fort. Derrière, "Ich Tu Dir Weh" (je te fais mal) s'incruste immédiatement dans le cortex, très heavy lui aussi, ultra-direct, au beat imparable. On est ensuite convié à la chasse à cours avec "Waidmann's Heil" au son du cor, se déroulant sur une rythmique martiale typique et effreinée aux sonorités "folkloriques", avant de passer à "Haifisch", titre entrainant nappés de claviers/samples old school. Avec "B*******", on retrouve le coté ténébreux du groupe, lent et lourd, majestueux, du type "Wo bist Du ?". Le marteau de Thor nous écrase. "Pussy" déboule en fanfare, dans la droite lignée de "Benzin" par exemple... torride et furieux, rapide et original, avec ses ambiances que seul rammstein sait distiller. "Frühling in Paris" (printemps) est un pur ovni déjanté et superbe, démarré en acoustique/claviers, puis monté en chantilly saturée jusqu'à entendre Till gueuler "Non, rien de rien...", clin d'oeil post apocalyptique à la Môme bien sûr... Ter-ri-ble ! "Wiener Blut" (le sang de Vienne), dédié à l'autrichienne sequestrée dans une cave, nous plonge d'entrée dans une ambiance sépulcrale, dérange et nous oblitère tout net à l'aide d'un riff sans pitié accompagné de murs de guitares cyclopéens... wow, quelle baffe ! Till déclame d'une voie glacée son texte. Frissons garantis. Suit "Liebe ist für alle Da", éponyme, puissant, qui permet tout de même de récupérer de l'upercut précédent. Puis "Mehr" remet la pression dans le rouge, semblable à "Rammlied", avec un pilonnage en règle de nos tympans" axé sur un riff génial, une fois de plus (mais où vont-ils les chercher ?!!!). Clôture de la fête avec "Roter Sand" en beauté, titre 100% rammsteinien et novateur en même temps. Boum, on peut débrancher...

Inutile de préciser que tous les fans du groupe vont crier au génie, mais ce que je suis curieux de voir, c'est l'effet que va avoir cet album impérial sur tous les autres, et la deferlante live que va engendrer ce phénomène.

Chapeau bas messieurs pour ce coup de maître (un de plus, mais le plus fort).

Une seule question me vient à l'esprit : seront-ils un jour capables de faire mieux, et si oui, lequel d'entre eux va vendre son âme au diable pour y arriver ? Sera-ce le dernier album d'un groupe parvenu au sommet ?



TRACKLIST:

A1. Rammlied
A2. Ich Tu Dir Weh
A3. Waidmanns Heil

B1. Haifisch
B2. B********
B3. Frühling In Paris

C1. Wiener Blut
C2. Pussy
C3. Liebe Ist Für Alle Da

D1. Mehr
D2. Roter Sand





Rammstein - Ich Tu Dir Weh from Friedrich Mary on Vimeo.